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pour-les-cosaques-des-mains

mains roses comme des pétales fraiches et petites comme les pierres d’une source,

mains noueuses et larges,

mains tavelées,

mains nerveuses et agiles,

une main posée sur le sein maternel et une main refermée sur la vie,

une main entre les doigts de laquelle file la laine,

une main jouant à faire pivoter un revolver,

une main tendue, mollement, vers une main qui avance,

une main levée, paume offerte, pour un salut,

une main levée, poing fermé,

les doigts d’une main qui se glissent dans un sac et en sortent doucement avec un portefeuille, des doigts qui cherchent à tâtons dans un porte-monnaie une pièce à poser dans une main tendue, et un doigt farfouillant dans un nez,

une main qui tient un crayon,

une main qui dessine dans l’air la forme d’un corps ou l’envol d’un oiseau,

des doigts agiles sur un clavier plat d’ordinateur, des doigts nerveux, voletants, légers, frappeurs, énergiques qui tirent la musique d’un piano, les doigts qui dansent sur une flute, les doigts qui transmettent l’énervement au plateau d’un bureau, d’un comptoir de bar,

une paume de main offerte à la lecture de la vie, une paume de main ouverte pour la paix,

une main qui menace, une main qui s’abat à plat sur une joue, une main qui serre amicalement une épaule, une main qui fonce, fermée, pour s’écraser contre un visage,

les mains qui agrippent un kimono pour renverser, les mains qui arrachent un vêtement,

une main qui se pose en caresse sur un crâne nu et tavelé, une main qui se perd voluptueusement dans une chevelure, une main qui agrippe des cheveux pour courber une nuque,

les mains qui nettoient une arme, les mains qui frottent l’argenterie,

une main au doigt coupé,

des mains brûlées par les matières travaillées,

la main qui verse de la mouture dans une cafetière, les mains qui lardent une viande, qui vident un poisson, qui font une spirale de la peau d’une orange, qui font une fleur d’une mangue,

la main qui transcrit une pensée, les mains qui transmettent les mots à un fichier

deux mains qui donnent forme humaine à de la terre, qui guident la montée d’un pot, qui malaxent une pâte, qui vivement et patiemment font naître une mayonnaise, s’élever une neige blanche et ferme, qui massent la douleur d’un corps,

une main que parcourt la volupté,

les mains posées l’une contre l’autre dans l’attente,

les mains, sorties sans gants dans l’hiver, qui crient le retour à la vie,

une main douce pour soulager, la main ferme du père, une main de vieillard dont la mécanique est soulignée par les veines et tendons saillants,

une main dans une bouche rongeant les ongles pour réfléchir

ma main grattant le haut de mon crâne à la recherche de la raison pour laquelle me suis lancée là-dedans,

un doigt de la main gauche sur la touche majuscule, un doigt de la main droite sur la touche adéquate, et un point final.

 

Texte et image : Brigitte Celerier