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Il y avait ces quatre familles que l’on rencontrait généralement ensemble, en groupe, sur cette petite plage, sans très bien comprendre ce qui les liait (en fait c’était, pour deux des pères, l’appartenance à la même escadrille, et puis un cousinage, et puis un long voisinage).

Cela faisait une petite société, aimablement ouverte aux apports extérieurs, jusqu’à être un noyau autour duquel semblait s’amalgamer toute la vie sur ce bout de sable, et ceux qui restaient en dehors ne pouvaient s’empêcher de regarder, discrètement, vers eux.

Pourtant ils n’étaient pas bruyants, ni arrogants, ils n’affirmaient pas leur importance, ils étaient tranquillement, naturellement, chez eux, et inconsciemment attirants, forts de leur ensemble, de ce qui était entre eux, secret mais soupçonné, des accords, désaccords, divergences, intérêts, goûts, souvenirs, amitié, amour, histoires….

Ils étaient beaux, ou un peu moins, ou promettaient de l’être plus tard, ou ne le promettaient qu’à ceux qui avaient yeux indulgents, ils étaient spirituels ou taiseux, ils étaient de tous âges, et cela créait des sous-groupes, il y avait un père qui savait raconter de merveilleuses histoires, un autre qui voulait toujours intervenir, diriger, et qu’on neutralisait, une mère que l’on disait fofolle, une jeune fille qui chantait des comptines, une adolescente à livres, des gamins à courses folles (mais en prenant soin de ne pas s’attirer de remarques), des fugueurs pleins d’idées, des êtres minuscules branlant sur leurs pieds dodus dans le sable mou et puis il y avait ces deux là.

Ils se mêlaient aux jeux, mais finissaient toujours par se trouver l’un près de l’autre, il riait un peu plus qu’elle, elle parlait peu mais se faisait écouter, et ils ne se parlaient pas, du moins pas quand ils étaient avec les autres… ils semblaient ne pas en avoir besoin, ils réagissaient, se déplaçaient ensemble.

Ils ne se parlaient que dans les moments où ils se tenaient, un temps, à distance, tournant le dos, et alors ils parlaient bas, elle tête un peu levée vers lui, et il fallait qu’une mère les appelle pour qu’ils reviennent tranquillement, silencieusement vers le groupe.

Ils se tenaient là tous les deux devant la mère, et elle se tournant vers l’amie de passage, a présenté

  • Marie, ma dernière fille

  • et son amoureux

a dit la dame…

Ils n’ont rien dit, ils n’ont pas rougi, il a reculé, et s’est éloigné, elle elle regardait la femme fixement, gravement, jusqu’à lui faire baisser les yeux.. alors elle s’est assise et a pris dans le sac de sa mère un petit gâteau qu’elle a rongé en regardant la mer.

Texte : Brigitte Celerier
Image : technique mixte de Catherine Olivier