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l'ahuri

Il regardait le monde et la société avec surprise et curiosité.

Des ahurissements répétés et affichés. Non dépourvus d’une trace d’ironie.

Et bien entendu il semblait, parfois, avoir raison, ou ce questionnement muet faisait prendre conscience de certaines incongruités, pouvait même, en en faisant ressortir l’absurdité comique, donner le désir de corriger, sans colère ni violence, des dérives, rongeait, un peu, dans les meilleurs des cas, la puissance et l’efficacité de démonstrations de force.

Dans les meilleurs des cas, parce qu’il fallait pour cela que la force et l’autorité, ou plutôt ceux qui en abusaient, y soient sensibles.

Dans de rares cas, parce qu’il fallait aussi qu’ils ne jugent pas l’intérêt qu’ils pouvaient tirer de ces démonstrations plus important que le soupçon de ridicule qui voulait les délégitimer.

La plupart du temps la réaction était une indulgence méprisante ou une colère qu’il ne semblait pas comprendre, qu’il recevait avec une faiblesse éberluée…

Et cela le rendait sympathique, aurait pu le rendre populaire, s’il n’en avait pas abusé.

Si, à la longue, la permanence de ce regard décalé n’avait pas fatigué, indisposé ceux qui en étaient l’objet, gêné tout simplement ceux qui entendaient vivre sans problème, sans se surveiller.

Et puis, à vrai dire, il arrivait, assez souvent, que cet étonnement ironique ne trouve que le néant face à lui…

Et on en revenait à la première impression, on passait outre, le trouvant gentil mais vraiment par trop ahuri.

Oui c’est cela il était sans doute un peu fada.

 

 

Texte et photo : Brigitte Celerier