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pour Policé

Policé, il était policé..

On ne pense généralement pas cela de ceux qu’on rencontre dans la vie courante, dans les rues de nos petites villes ou les quartiers des grandes.. on pense seulement, à la rigueur, que l’être, là, qui s’impose dans notre univers, brusquement, en passant, n’est pas policé.. ceci bien sûr si, comme moi, on a d’instinct, des mots anciens, désuets, dans ces phrases qui s’écrivent à la limite de la conscience, que l’on ravale avant de les prononcer.

Mais dans son cas c’est ce mot qui me vient.. et cela recouvre tout et un peu n’importe quoi, l’impression qu’il m’a laissée.

Il y avait la fermeté simple de son visage, et sa peau portant marques du soleil, du vent, des ans.

Il y avait sa simplicité qui se coulait dans les foules.

Il y avait ce jour là, sur son balcon, dans son territoire, l’excentricité timide de ce collier de coquillages, comme une allusion discrète aux années lointaines, à sa jeunesse.

Il y avait ses cheveux juste un peu trop longs qui, dans la brise de ce matin là, prenaient des allures de feuillage secoué dans le mouvement de l’air, de courtes algues dans le courant.

Il y avait la réserve sage à laquelle il nous avait habitué.

Et puis il y eut ce moment, cette langue tirée à l’intention d’un dos, en cachette, cette ironique protestation qui confirmait que rien, dans cette normalité affichée, n’était naturel.

qui confirmait qu’en lui était demeuré l’être indiscipliné, que le mot policé s’appliquait bien à lui, correspondait à un effort, une habitude conquise.

 

 

Texte et photo : Brigitte Celerier

 

buste – Martine Belay-Benoit