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Tissus de mens -3-- image 1

Le vieil homme et l’enfant étaient entrés dans un lieu vaste comme une église, mais au plafond beaucoup plus proche de leur tête. C’était un commerce comme l’un et l’autre n’en avait jamais vu, ni même entendu parlé ou imaginé.

Tout autour de Tamel, sur des étagères en grand nombre, disposées à diverses hauteurs, dans toute la profondeur de l’endroit, des tissus aux couleurs, aux motifs et aux textures variées attiraient, écartelaient son regard en tous sens.

Quelques minutes après avoir franchi le seuil de la boutique, la gorge de l’enfant se trouvait asséchée, la tête lui tournait.

Tout à coup, alors que le commerçant tendait vers lui un coupon d’une étoffe ornée de mille broderies, les jambes de Tamel se dérobèrent et Anthelme eut à peine le temps de le retenir par les épaules pour l’empêcher de s’effondrer au sol.

  • Et bien ! Dit l’ancien, après que l’enfant eut repris ses esprits et un peu de couleur sous le jet rafraîchissant d’une fontaine, il va falloir choisir de plus petites boutiques. Je crois bien que le grand choix ne te convient guère.

  • Je suis désolé Anthelme, mais c’était un peu comme quand Bellinphose me parle pour m’expliquer une de mes erreurs. A chaque fois, je me trouve noyé sous les mots. Ils pénètrent en ronde sauvage dans ma tête, dans ma poitrine et bientôt je ne parviens plus à respirer, ni même à percevoir ce qui m’entoure. Comme si le monde, sous les paroles peinait à exister. Son odeur même disparaît et je me retrouve minuscule barque dans la nuit, sur un océan pris par la tempête.

  • Là ! c’est fini ! Dit Anthelme en approchant sa main, comme pour le caresser.

  • Aïe !

  • Voilà une bonne parole, Aie ! C’est tout à fait ce qu’il convient de tenir comme discours lorsqu’on vient de se faire pincer la joue au sang.

    Cela-va-t-il mieux gamin ?

  • Euh … Oui ! Beaucoup mieux. Le bruit des couleurs a cessé tout-à-fait. Il ne reste plus que … ma joue en feu.

    Il sourit. Merci Anthelme !

  • Allez, suis-moi ! Je vois au coin de cette rue une minuscule échoppe juste assez grande pour nous contenir tous les deux. Allons voir si là-bas il a de quoi te faire une nouvelle tunique.

 

Texte : Luc Comeau Montasse