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Avez-vous bu la tisane des mers
Deux cuillères de sel pour purifier vos joues?
Toussez bien mon amour je vous prie,
Comme vos chats qui se mettent en vrille
Si vous pleurez tout bas

Avez-vous bu le cidre naufragé de mon premier péché
La quille d’une mue rampant entre vos flancs
Tirez bien je vous prie le drap de la rivière
Comme tous ces saumons qui meurent à la dernière
Si vous tuez le temps

Avez-vous bu la messe et ces ciboires de dentelles
L’ascenseur à truites remontant l’arc en ciel
Avez-vous bu ma presse de poitrine quand je suis lasse et soupirs de buvard
Avez-vous humecté vos paroles dans la haine
Trempé dans des conflits mes confettis de reine
Avez-vous bien lapé les seuils des enfers, les colonnes de mercure et la porte d’ici là
Mourrez bien je vous prie pour un peu de voyages gratuit sur vos papilles
Quand ça poinçonne sec ma langue de frimas

Avez-vous bu le secret d’estampille de la bouche serrée de nos cases postales
On y glisse des tirades, des impôts sur le départ
Personne n’écrit plus
Tout le monde s’enivre
Et j’attends quelques mots arrivant de nulle part

Abusez rapide d’un café.

Laissez descendre le cric à poème dans le gésier d’un petit cri.

Actionnez véloce les battants de métal souple – plastic presque- les soufflets de votre harmonium d’intérieur. Pédalez des doigts également.

Allez tête gonflée d’aspirateur tresser vos bigoudis d’amour, un nid deux nids trois nids, intimes rouleaux vagues où chaque nuit vous échouer.

Avalez ce petit doigt de passion, l’amour sucette qui endort vos aphtes malicieux, vos gros mots purulents. Prenez soin de vous donc et ne rendez pas la vie à son point ordinaire.

Sachez naître un peu avant de mourir et puis renaître. La vie est un trousseau de clefs à serrures lumineuses.

(Certains disent baisez, je passe mon index sur les lèvres chut)

Frottez le coude à l’huile laborieuse. Travaillez à votre décharge, à votre allégement. Il y a le cintre éternel et votre veste à prendre,  suspension de sainfoin sur le barbelé triste.

Vivez maintenant vivez des lits cieux.

 

Texte : Anna Jouy
Image : avril | 2014 | Native Delicatessen  (cliquez sur image pour l’agrandir)