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ce serait - 45 - des arbres dans la plaine

Ce serait marcher dans la ville, entre les pierres blanches et grises.
Ce serait ne voir de plantes que les audacieuses qui poussent entre deux assises, au ras d’un trottoir, le long d’une descente d’eau ou les souples feuillages ciselés en courbes voluptueuses sur les portes, les frontons.
Ce seraient les yeux emportés dans la fuite de blancs nuages à travers le bleu lumineux – et un léger vertige.
Ce seraient les yeux sur les pieds, l’assurance, les yeux remontant, errant..
Ce serait une fenêtre sur une campagne immense, une terre vide, offerte, nue, d’un brun beige, où ne se devine que le carré de sillons d’un champ en attente
Ce serait en bordure une rangée sage, drue, d’arbres, de troncs minces, de feuillages en boule.
Ce serait, immense, un ciel clair où se noient des nuages en route.
Ce serait un rêve de terre autre, sans limite, d’une solitude où seule une infime trace de travail humain permettrait de s’ancrer.
Ce serait ne pas savoir où la situer, dans le nord ou l’est.
Ce serait un large fleuve passant au long des arbres, un chemin.
Ce serait une rigueur, une promesse de longues marches méditatives, une mélancolie douce, les pieds dans la poussière ou l’humus du bord des rives.
Ce seraient des images vagues venues de lectures, de films, qui passeraient avec une musique murmurée par des instruments presque familiers.
Ce serait le couffin qui se rappellerait en pesant à mon bras, ce seraient des mains en griffe pour emporter ce coin de nature.
Ce serait ne pas y arriver, et poursuivre mon chemin.

Texte et image : Brigitte Celerier