Tags

ce serait - 38 - erreur d'emballage

Ce serait venir acheter des serviettes en papier, des bleues parsemées de petites ancres blanches – les aime bien -, au fond d’un magasin, rue de la République, quelques jours après la rentrée des classes.

Ce serait le trouver presque vide en cette période de faiblisssement de l’été, après que les cartables aient été équipés, et quand on commence à ressortir les tee-shirts et chemises à manches longues, sans vouloir envisager encore autre chose, pour le début de promesse d’aigreur des entrées de nuit, que de légers gilets de coton.

Ce seraient des écoliers sages, en bleu marine ou brun plus ou moins chaud, colonisant les vitrines.

Ce serait, pour accueillir les premiers pas à l’intérieur, quelques sacs en cuir vrai ou faux, des chaussures lacées plates ou à talon compensé, et puis, entre les portants et étagères garnis de la seconde collection de vêtements d’été pour femmes, d’énormes cages voilées de plastique noir marqué de service retours, qui bloquaient presque complètement la circulation.

Ce serait slalomer entre eux – ce serait un jeune garçon en uniforme m’expliquant (je devais, avec ma sacrée bouille trop expressive, lui sembler interrogative, ou agacée, ou je ne sais quoi de suffisant pour qu’il tente une explication) non, il n’y a pas tant de retours, d’ailleurs vous voyez les rayons sont garnis, ce sont les clientes en avance, qui attendent, impatientes de voir ce que nous proposons pour l’hiver – l’est proche vous savez, et il faut être équipé – oui vous êtes bien d’accord – on les a mises de côté, euh non, on les fait attendre, mais on n’avait pas de salle pour cela, par contre on avait, en trop, des bandes collantes pour les retours…

Ce serait penser que la méthode était un rien radicale, qu’auraient pu risquer de perdre une ou deux acheteuses en se bornant à leur demander de repasser… et puis quelques pas plus loin entendre une voix, avec ce rien de crécelle qui me disait qu’elle avait comme moi additionné les années, sans doute quelques rebuffades et obstacles sans importance, sans pour autant avoir appris à se résigner à les subir, mais avec peu de force pour s’en prémunir, et un rien de découragement à la longue.

Et la voix rechignait, parce que disait-elle, elle n’était pas venue acheter un manteau, ou un veston, ou un chandail, ni rien de tel, d’ailleurs elle en avait tant d’anciens, bien aimés, qui connaissaient ses épaules, sa peau, savaient la protéger… elle en avait d’ailleurs sorti deux ou trois pour les soirées parce que fait frais, ma chère, depuis quelques jours…. non j’étais venue avant qu’ils dégarnissent le rayon, acheter des cahiers décorés, un peu ridicules, c’est vrai, et ma belle fille a bien raison, mais les enfants en ont tant envie, et puis j’avais vu l’autre jour, mais j’étais encombrée, des moules à gâteau en forme de coeur… n’en ai pas et je voudrais pouvoir leur faire des gâteaux en chocolat comme ceux que faisait ma mère, oh pas aussi merveilleusement cramés à l’extérieur et presque liquides au centre, elle seule savait les manquer ainsi, mais comme ils n’en ont jamais mangé…

Texte et photo : Brigitte Celerier