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JournéeOisive

Journée oisive je pense aux vieux amis du passé
Les voilà dans ma tête comme devant mes yeux
Où ont-ils donc élus domicile pour maintenant ?
Morts sont-ils retournés aux sources de l’abîme ?
Han Fu malade avalait du soufre
Jusqu’à la fin il n’a jamais guéri
Yuan Chen fondait la pierre naturelle d’automne
Le corps pas encore vieux subitement s’est déréglé
Maître Tu possédait la recette secrète d’un élixir de jouvence
Toute la journée se privant de viande graisse et autres délices
Monsieur Tsui vantait le fort pouvoir puissant de sa drogue
Tout l’hiver s’acharnait à ne jamais porter de vêtement doublé
Tous tombés malades ou morts de façon foudroyante
Pas un n’a atteint le milieu de l’âge et le midi de la vie
J’étais le seul parmi eux à ne prendre aucun remède
Ma vieille vie contre toute attente s’est allongée
En plus avec les jours fougueux de ma jeunesse
J’étais l’esclave de ma gourmandise et du désir
Avide de chairs de viandes sauces épices et vin
Je ne connaissais ni la mesure ni le poids
Quand j’avais faim je dévorais et j’avalais
Quand j’avais soif j’allais aux sources et barriques
Les poèmes ont-ils prolongé l’esprit de mes organes
Le vin a inondé mes champs de cinabre et d’âme
Au fil des jours les dégâts auraient pu s’accumuler
À ce jour pourtant je suis pour ainsi dire tout entier
Mes dents ne sont point tombées aucune ne manque
Les membres de mon corps sont toujours vifs alertes
Je viens d’entrer dans cette septième décade des ans
Avec appétit je mange à satiété je dors profondément
Alors pourquoi ne pas boire la chose dans sa coupe ?
Pour le reste je m’en remets à la volonté des cieux

Po Chu Yi (772-846) L’homme sans affaire et sans souci

Ce fut un de ses nombreux derniers poèmes. Il est mort à 74 ans une nuit en s’endormant pour ne plus se réveiller.

 

Traduction & photo : l’apatride