Tags

ce serait 33 un apaisement

Ce serait un petit corps, en mur enclos

Ce serait un petit corps fluet, presque absent, sous une énorme tête, vidée par une souffrance

Ce serait une recherche d’équilibre dans un recroquevillement instinctif

Ce serait un bras tendu, une offrande, celle d’une plainte

tant est douleur qu’elle me poigne

poinçon blanc de gel qui me fouaille

chair rose qui arde portée au rouge

rouge qui meurt en blanc

ne suis que cendres

Ce serait le soir qui viendrait, qui envahirait la cellule, ce serait un relâchement

Ce serait une crispation qui se défait, ce serait l’eau-douleur ballotant dans ce crâne qui se résorberait, ce serait un corps qui prendrait douceur languide, une tête qui trouverait proportion apaisée avec les membres reprenant chair,

ce serait un corps qui s’allongerait, qui se tordrait un peu pour trouver un semblant d’accord avec les dalles

ce serait un murmure dans la nuit tendre

descend la nuit, s’en vient l’obscur

le noir m’est doux

le noir m’est nid

le noir m’est abandon

ce serait un jour vaincu, un lendemain qui risquerait un sourire d’espoir sans souci de lucidité

image trafiquée (pardon imploré) à partir de «le cobaye» – Gloria Friedmann – exposition «la disparition des lucioles» de la Collection Lambert à l’ancienne prison Sainte-Anne d’Avignon

Texte : Brigitte Celerier