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pour les cosaques - Saint Eustache

Ce serait à Saint Eustache, ou Sint-Eustatius – je ne me sentirais pas encore digne de l’appeler familièrement Statia – ce serait sur le rempart noir du fort Oranje, regarder la ville, la baie, chercher de repérer à ses mats le seul voilier, notre bateau, vieille coque amarrée entre deux grands trucs rutilants pour pèche sportive qui l’écraseraient, du moins c’est ce que j’aurais pensé, fière de lui et jalouse pour lui.

Ce serait savourer la beauté presque intacte de l’île, l’absence, du moins dans ce que nous aurions vu jusqu’alors, de ces hôtels de plage rutilants qui me donnent si grande envie de fuir.

Ce serait écouter la voix me traduisant par moments les explications de notre guide improvisé, noter la présence française – sans doute évoquée pour moi – le manque de jugement du dominicain Jean-Baptiste Du Tertre, engranger dans un coin de ma mémoire ce qui d’ailleurs était facile à deviner, la canne, la Compagnie, et puis, ce que j’oublierais sans doute rapidement, et pourtant.. l’existence de la plus ancienne collectivité juive d’Amérique, et que l’île fut appelée, à cause de sa richesse, Rocher doré, malgré la noirceur des pierres de lave du rempart..

Pour le reste, que je découvrirais mouvementé, passionnant plus tard, sur Wikipedia, j’écouterais peu, je songerais à cette découverte, en arrivant, la beauté, la forme presque parfaite du volcan, tombant dans la mer, au dessus de nous – je trouverais son nom, cette syllabe, Quill, un peu légère, presque guillerette, en pensant à sa massive présence et à la raideur rigoureuse de ses pentes – et je guetterais avec crainte le moment où l’un de mes compagnons émettrait l’idée d’y faire une excursion.

Mais il serait question de se limiter aux jardins botaniques..

Séduite et soulagée, je regarderais le petit pont, la mer, ses nuances, je fermerais les yeux, je boirais le soleil, adossée à une porte de fer, la caressant du bout des doigts, écoutant distraitement les voix.

Texte : Brigitte Celerier