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ce serait - 10 - Vonderpark

Ce serait lassitude.

Ce serait, comme pour tout amoureux des villes, une soudaine envie d’absence, de retraite, un rêve de campagne irréelle, calme et douce.

Ce serait à Amsterdam.

Ce serait, m’asseoir précautionneusement, lissant mon manteau sous moi, jambes allongées rigidement, pieds dressés, sur l’herbe qui m’attirait, là, au bout de ma marche dans la ville, de ma flânerie un peu vide dans les allées du Vondelpark, vers la fin de celle qui borde souplement le petit lac.

Ce serait la douceur du tapis vert, ses reflets jaunes, ce serait tâter la terre dans une de ses brèches, ou usures, à côté de moi, ce serait jouer avec trois minuscules cailloux en regardant l’eau sombre, ce seraient les plantes y trempant leur tronc, leurs branches, en face de moi, ce serait ignorer, de moins en moins crispée, les enfants, les vélos, qui passent dans mon dos.

Ce serait regarder le ciel, son bleu doux, tenter de saisir le mouvement imperceptible des fins nuages.

Ce serait basculer, ce serait, à plat-dos, perdre mes yeux jusqu’à les fermer, dans la lumière fine de l’après-midi qui s’en va finir.

Ce serait un soupir de souvenir qui monte, indistinct, des images passées sans doute.

Ce serait me réveiller et sentir que je pleure, me redresser, voir une petite bouille ronde, deux yeux ronds, une bouche ronde, une peau rose.

Ce serait lui sourire, secouer un peu la tête – ce seraient les sourcils, les joues qui se plissent, hésitant à la peur.

Ce serait faire une grimace, ce serait recevoir un sourire timide.

Ce serait la voix d’une mère, ce serait espérer que les larmes stupides, venues d’un je ne sais où, je ne veux pas le chercher, ne sont pas visibles.

Ce serait dire que mais non, il ne dérange pas la dame (en réponse à une phrase que je croirais deviner, avec l’espoir que le sens de ces mots incompréhensibles passe dans ma voix) … me lever aussi dignement que le peux, rapprendre aux jambes le mouvement, aussi net et dégagé que le pourrais, souhaiter une bonne fin d’après-midi, ne pas comprendre ce que dit la petite voix, m’éloigner.

Texte : Brigitte Celerier