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pour cosaques - ce serait 6 - Zélande

Ce serait en Zeeland ou Zélande, à la sortie de Posthoorn, le hameau de Philippine qui jouxte la frontière, je serai les pieds dans un peu d’herbe et de terre, à côté de la voiture, pour fumer quelques bouffées de mon cigarillo sans gêner le conducteur – parce que conducteur il y aurait forcément, mais n’en sais guère plus sur lui, si ce n’est qu’il serait agréablement courtois, un peu distant, sans excès, que nous ferions un bon attelage, trajet commun, accords rapides et illusion d’indépendance, il serait peut-être elle, d’ailleurs – je me retournerai vers la Belgique que je viendrais de quitter pour entrer, juste avant les îles que je prends pour la Zélande proprement dite, dans cette région septentrionale du comté de Flandres qui est partie des Pays Bas, mais partie très longtemps sans liaison terrestre avec le reste du pays.

Derrière moi, juste derrière, il y aurait un labour, suivi par une prairie naissante en ce mois de juin, avant une rangée d’arbres en silhouette bleutée contre le ciel, et, de mon côté de la route, une maison solide et simple, briques rose sombre, bien ancrée dans le sol, avec, en façade, une porte assez étroite, bordée d’un liseré de pierres blanches qui lui dessineraient un petit cintre, juste au dessous de la lucarne animant les deux pentes du toit, en un bel équilibre des surfaces, une dignité simple. Et pour que variété soit, un peu, la symétrie était là, mais un peu faussée, avec les deux fenêtres verticales à gauche de la porte répondant à la baie large occupant même surface à droite.

Je serais assez impatiente de découvrir le paysage de terre et d’eau vers lequel nous nous dirigerions, mais la faim serait là, partagée, aiguisée d’ailleurs par le nombre de restaurants devant lesquels nous hésiterions en roulant dans Philippine, et en passant devant l’Auberge des moules, attirée par le nom, qui me ferait la grâce d’être par moi compréhensible, par la quasi certitude de trouver nourriture à mon goût, par le contraste entre la simplicité du nom et l’élégance du lieu, je répondrais oui à la proposition de mon guide et chauffeur.

Déjeuner rapide sans presse, courtoisie, salade de homard pour lui ou elle, moules marinières pour moi, plaisir de céder pour une fois à ce petit luxe de calme et sobre et élégante qualité, à cette impression d’aisance, de beauté calme, de richesse discrète, en accord avec les grands espaces plans que traversions, et avec les lignes droites sans rigidité des talus plantés d’arbres enserrant les canaux.

Texte : Brigitte Celerier