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pour cosaques Rotterdam

Ce serait à Rotterdam, en sortant du Maritiem Museum, où nous aurions erré un peu, avec un intérêt fluctuant, jetant un rapide coup d’oeil sur les expositions, nous attardant davantage devant des cartes, des maquettes, les grandes vidéos murales montrant la vie du port, ce serait, retrouvant la ville, marcher le long de Schiedamsedijk, et je m’amuserais du petit phare, ou de la lanterne, de son rouge trapu claquant au dessus de la coque verte et noire d’Annigje allongée sur le trottoir ; nous regarderions, au delà des quelques voitures garées, les bateaux à quai, avec un regret, plus ou moins sincère – cette certitude toujours que la réalité ne saurait donner le plaisir que l’on se promet, ma façon d’habiller mes innombrables petits renoncements – de n’avoir pu sortir, un moment, avec elle, Annigje, ou à défaut nous être joints à l’entassement joyeux sur Dockyard V.

Nous aurions continué, entre les voitures lancées sur la large avenue et les petites échoppes joyeusement peintes qui se succèdaient entre l’eau et nous.

Et puis, oui, on dirait que, pour me faire plaisir, nous aurions pris un taxi sur l’eau – j’aurais été toute sensations, air iodée sur visage baigné dans les odeurs de port et d’essence, yeux ne sachant où se poser et souriant aux mouvements, aux coques qui tourneraient pendant que les dépasserions, dévoilant une maison, une petite grue bleue, un ponton sous une tour de miroirs, jusqu’à la grande muraille ancrée du SS Rotterdam, où nous serions grimpés pour un déjeuner dont j’oublierais rapidement tout, sauf cette vaisselle qui, abstraction faite des écussons et marques diverses, parlerait paquebots, cargos sur toutes mers, et même sortie des familles sur un croiseur, un patrouilleur, un porte-avion ou même une marie-souillarde dans mon enfance ou mon adolescence.

Texte : Brigitte Celerier