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Amsterdam

Nous nous serions perdu, ou je le croyais, en flânant dans les rues d’Amsterdam cet après-midi là.

Nous parlions un peu de tout et de rien, comme on le fait quand la rencontre est désirée, se révèle agréable, mais que l’excitation de la découverte se calme, se mue en un plaisir confortable, diffus, sans que l’on en soit parvenu à la complicité silencieuse ou au compagnonnage serein, quand l’on tâtonne un peu pour trouver les sujets qui peuvent amener un échange, sans confrontation dangereuse mais sans unisson ennuyeuse et stérile.

Nous avancions, je regardais, yeux furetant, glissant, s’arrêtant sur un détail un peu caché, une joliesse furtive, en m’intéressant plus ou moins aux explications qui m’étaient données sur ce que nous traversions, sur ce qu’elle aimait et voulait me montrer, me faire voir mieux qu’en passant.

J’étais lasse, un peu soule de cette excursion hors de mon petit monde clos sur ma solitude.

Et au coin de cette petite rue, de ce petit canal, filant tout droit vers une barre de maisons très éloignée, pas exactement une fine tranchée d’eau, mais si étroit qu’il semblait invraisemblable que puisse s’y glisser quelque embarcation que ce soit, le long des quelques péniches amarrées, je me suis arrêtée, me suis appuyée contre la rambarde, les yeux ravis par les grandes surfaces vitrées qui se succédaient d’une façade sombre à une façade colorée, fenêtres légèrement différentes dans leurs formes et dimensions, mais où couraient, de l’une à l’autre, comme pour alléger les bâtisses, en faire simple support pour cette vie, le ciel, les arbres, les pignons des maisons que nous longions.

Longue ligne de façades devenues transparentes, ou plutôt irréelles, à force de renvoyer, opaques et solides, le reflet de la réalité.

Texte : Brigitte Celerier