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choisir ces cisailles

Appelez-moi Mo, je vous l’ai déjà dit *. Vous ne m’aviez pas reconnu? J’ai bien grandi en lignes et en images. Loin le temps où une bibliothèque était pour moi un paquebot. Je ne suis plus laveur de vitres; je vis maintenant dans un château. Enfin, dans la maison du jardinier. Je suis son aide et j’apprends de lui. Je complète les connaissances avec celles des écrans. Ainsi, il me faut lire notice importante pour mon labeur.

Selon le type de végétal à couper

La cisaille à lame droite s’utilise pour la coupe de l’herbe, des jeunes pousses et des haies à bois tendres. Certains modèles sont crantés, permettant ainsi de couper les branches un peu plus épaisses.

J’aime jardiner. C’est un faire de patience et d’humilité. C’est bon pour mon autre faire de poète. Le plus dur, c’est d’arracher les mauvaises herbes, les malaimées les mauvaises graines. Je rêve de composer un jardin endiablé. J’aide la terre et j’apprends d’elle. Je la touche et la nourris. Elle de même. Parfois le jardinier coupe l’herbe sous le pied du poète.

La cisaille à lame ondulée est destinée à la coupe des rameaux les plus durs. Elle est utilisée pour tailler les haies irrégulières ou à bois durs. L’ondulation des lames évite que des rameaux ne glissent.

La nuit
cisèle ou cisaille,
mots joyaux ou mots ciseaux
ouvre les chairs, fait jaillir le sang,
ouvre les mers, fait surgir le vent
Sanglots mort-nés

Utilisez de l’alcool à brûler pour désinfecter les lames entre chaque taille. Vous éviterez ainsi de propager des maladies et des parasites.


Certains disent que je suis un parasite de la société. Je prends le travail d’un né ici sur cette terre qui me/le nourrit bien. Avant de couper les membres de ma famille avec des lames qu’on n’avait pas pris le temps de désinfecter, avant de m’amputer de ma famille, ils disaient ça aussi, les nés là-bas, que nous – l’autre ethnie – prenions les fruits de la terre qui leur appartenait. Jamais du bon côté, je vis où je me suis posé.

Pour garder une bonne coupe, nettoyez bien les lames et affûtez les si nécessaire. La sève qui sèche risque d’émousser le fil de coupe.


À l’atelier d’écriture du mardi soir, Camille dit que je dois enlever tout ce qui dépasse, tout ce qui n’est pas utile. Elle est sans pitié pour les « et », « là », les « que », pour les adjectifs et les adverbes, ça dépend. Elle dit que j’ai le verbe – la sève de la phrase – nul besoin d’en rajouter, Mo. Pas le risque de sécher. Verdoie Mo, verdoie. Et Camille de réciter le poème de Louise Labé, Je vis, je meurs… qu’elle fait sonner comme personne.

Si vous devez tailler longtemps, portez des gants : vous éviterez les ampoules et économiserez vos forces.


On m’a donné des gants. Je cisaille la haie de buis du labyrinthe. C’est un lieu curieux: on peut s’y égarer ou y trouver le monstre. Ici, pas de Minotaure. Je ne me perds pas grâce au fil de mes lames. Sachant où je suis passé, je ne repasse pas. J’économise mes forces. Je cisèle des mots verts destinés à Camille. Elle n’est pas Cassandre et Ronsard je ne suis pas, mais j’aimerais créer un labyrinthe qui conduirait à une rose déclose juste pour elle. J’ai mes outils. J’y travaille

Dès que votre outil de taille marque des signes de faiblesse, n’hésitez pas à le changer.

 

Texte : Christine Zottele
* voir Conjuguer sa vie / Être et avoir /1 , Conjuguer sa vie / Être et avoir /2  et Conjuguer sa vie / Être et avoir /3