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Le pays qu’arpentait Jordi pour rejoindre l’abbaye où résidait le maître qu’il souhaitait rencontrer, s’était de tout temps appelé Corbieras en occitan ou Corberas en catalan. C’est une longue muraille de roches dures qui longtemps sépara la France de l’Espagne. Aujourd’hui, elle délimite les départements mitoyens de l’Aude et des Pyrénées-Orientales.

L’étymologie propable de corbera donne une origine latine, corvaria qui signifie nid de corbeaux. Une expression populaire dit encore qu’ici, les corbeaux volent à l’envers pour ne pas voir la misère. Une autre, plus poétique, fait dériver corbera de roca curvada qui signigie roche courbe.

Le nid de corbeaux a ma préférence, parce que c’est ce nom qui dit le mieux le destin de ce pays aux XIIe et XIIIe siècles. C’est dans ces contrées sauvages où l’on se perd facilement par des chemins escarpés, où l’on peut fuir l’ennemi, qu’il soit inquisiteur, soldat du roi ou plus tard nazi lancé aux trousses des résistants, dans ces contrées, donc, que les Croisés ont pourchassé les corbeaux hérétiques (ils sont ainsi nommés parfois dans les chroniques) pour les abattre jusqu’au dernier avec un acharnement sans limite.

Cette terre de corbeaux est aussi celle de nids d’aigles, forteresses qui ont été utilisées comme ultimes refuges par les cathares traqués.

En traversant les Corbieras, Jordi a sans doute aperçu les remparts suspendus dans le ciel de quelques uns de ces châteaux dont les ruines racontent encore la tragique histoire de leurs derniers occupants.

Petite balade, dans les pas de Jordi, en pays de Corbieras.

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Le château de Peyrepertuse, nid d’aigle accroché au ciel

Peyrepertuse, la « pierre percée »

Ici, roche et murailles se confondent. Peyrepertuse – qui signifie « pierre percée » – est le plus grand de tous les châteaux ayant joué un rôle militaire dans la protection de l’hérésie cathare. Comme Quéribus, il fut la propriété des comtes de Besalu, puis des comtes de Barcelone et, enfin, du roi Pierre II d’Aragon. Il doit sa forme actuelle aux profonds remaniements entrepris par Saint-Louis quand il prit possession du site après sa reddition, le 16 novembre 1240.Peyrepertuse s’élève à 797 mètres d’altitude, sur une falaise abrupte qui domine le village de Duilhac. On y accède par un chemin qui serpente sur la face Nord, au milieu des chênes verts et des buis, végétation caractéristique des Hautes-Corbières. Sur la partie sommitale, il occupe une vaste surface de 9000 m2. Mais en réalité, le château est divisé en deux espaces distincts : la forteresse proprement dite, défendue par de solides remparts et San Jordi qui, avec son donjon, domine le tout. C’est, entre autres, l’originalité de cette architecture unique dans la région.

Le donjon de San Jordi se distingue par son élégance. Une plateforme à l’Est offre une vue époustouflante sur Duilhac, les vignobles de Cucugnan et, à l’horizon, la silhouette ciselée de Quéribus. Pour communiquer avec leurs voisins, les occupants de Peyrepertuse utilisaient le feu, un moyen répandu au Moyen Age pour transmettre les informations ou les ordres.

Parmi les vestiges les plus remarquables du lieu, on retiendra la chapelle située dans l’enceinte de San Jordi qui tranche avec les vestiges de l’église Sainte-Marie située dans le premier château et dont l’existence est attestée dès 1115. Vu sa taille, la chapelle de San Jordi, émouvante par sa simplicité et son dépouillement, ne pouvait accueillir que quelques fidèles.

La citadelle avait capitulé une première fois en 1217 mais Guilhem de Peyrepertuse était réapparu en 1224 pour accompagner Trencavel dans ses espoirs de reconquête. Après 1240, le château fut occupé par une garnison française chargée de surveiller la frontière franco-espagnole. Cette fonction stratégique fut peu à peu abandonnée après le traité des Pyrénées (1659) et le rattachement du Roussillon à la France.

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Paysage des Corbières (le château de Quéribus vu de Peyrepertuse)

Peyrepertuse était, avec Quéribus (ci-dessus), Puilaurens, Aguilar et Termes, un des « cinq fils » de Carcassonne. Ces châteaux formaient au Sud du pays cathare une formidable ligne de défense qui assurait à la Cité des Trencavel un surcroît de sécurité en cas d’invasion.

Puilaurens et sa « dame blanche »

Aux portes du Fenouillèdes, dans le prolongement de la Haute-Vallée de l’Aude, s’élève, énigmatique et secrète, la forteresse de Puilaurens qui domine le village de Lapradelle et la vallée de la Boulzane. On serait presque tenté de n’en conseiller la visite que par temps sombre et nuageux, tant se dégage alors du site une poignante impression de mystère.

Plus prosaïquement, le château se distingue par la puissance de son architecture militaire. Son entrée est protégée par une barbacane qui ouvre sur une immense cour. Et comme la Cité de Carcassonne, il est doté de deux enceintes dont une, à l’intérieur de la première, protège le donjon. Pour preuve de son invincibilité, il résista à Simon de Montfort qui ne put jamais obtenir sa reddition. On trouve trace de Puilaurens dès le milieu du Xe siècle, mais l’essentiel des fortifications existantes a été bâti entre le XIIe et le XIIIe siècle.

Défendu d’abord par Guilhem de Peyrepertuse, Puilaurens passa ensuite sous le commandement militaire de Chabert de Barbaira, véritable chef de guerre cathare. Après la chute de Montségur, des hérétiques y trouvèrent refuge et protection. Mais le château, à l’image de Quéribus et Peyrepertuse, dut céder au roi de France Saint-Louis qui en fit l’un des « cinq fils de Carcassonne » et lui donna pour mission de surveiller la frontière de son royaume avec l’Espagne voisine.

Cette citadelle n’échappe pas à la légende. On raconte que Blanche de Bourbon, la petite-fille de Philippe le Bel, fut assassinée par son mari, le roi de Castille, dans l’une des deux tours du donjon qui a conservé le nom de « tour de la Dame Blanche ». Accordons à cette victime du bien nommé Pierre le Cruel de hanter toujours les ruines de Puilaurens. Le château n’en demeure pas moins le mieux conservé, sur le plan architectural, de toutes les citadelles du pays cathare. Et c’est là, d’abord, tout son intérêt !

Texte et images : Serge Bonnery