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20 12 dague pour fils...

Oksana et Borislava, ce soir là, se plantèrent côte à côte devant les enfants – quelques notes d’Oksana sur sa bandura, un claquement des mains levées de Borislava, et elles entamèrent leur récit, prenant la parole tour à tour

– «Orlik s’était redressé, à l’entrée en tumulte des jeunes cosaques, mécontent de cette irruption, mais en voyant Orlanko il sourit et lui crie «sois le bienvenu !»

– «mais c’est avec un visage fermé qu’Orlanko avance à grands pas coléreux pour lui présenter hommages et cadeaux de ses frères zaporogues»

– «et comme Orlik, après l’avoir remercié, l’invite à prendre sa place à la table, à le remplacer, pressé qu’il est de rejoindre sa fiancé, le jeune homme se raidit, en fureur ardente, l’injurie, le nomme infidèle, renégat, le menace»

et Oksana s’avance d’un pas

– «Orlik repousse son fauteuil, se lève, il tire son sabre mais les cosaques avancent en brandissant leurs armes.

Les convives, les pachas, le vizir, les quelques cosaques féaux de l’attaman s’émeuvent, s’apprêtent à intervenir pour le défendre, mais les jeunes cosaques sont face à eux, sabres menaçants, Orlanko fait rouler son regard sur leurs visages effarés : «Ceci est une affaire entre notre attaman et nous, rengainez vos épées, ne nous forcez pas à vous tuer», et ils se figent.

Lui, il se rue sur l’attaman, et plonge sa dague dans la poitrine d’Orlik qui tombe en renversant les plats.

Alors le vieux Neczaj entre, se précipite sur Ivan/Orlanko, s’agrippe à son bras et s’exclame «tu es fou !» mais le jeune homme se dégage et sort en courant par la porte donnant sur le harem.»

Oksana se recule, un petit silence, et puis Borislava continue :

«Neczaj s’est approché d’Orlik, il le redresse, l’allonge avec l’aide d’un serviteur sur la table, se penche sur lui, murmure «C’est ton fils» – «Qui ?» – «Orlanko».

Et dans la salle du festin, dont les jeunes cosaques bloquent les portes, pendant que les convives se regardent, se regroupent autour du corps, effarés, mais ne semblent pas désireux de combattre, malgré les objurgations du khan, qui semble prêt à éclater de rage et se découvre impuissant, l’attaman et son vieux serviteur sont comme sur une île, occupés seulement l’un de l’autre.

Neczaj étanche désespérément la blessure, penché sur Orlik qui interroge «Que dis-tu ?» «la lettre…» «dans ma poche». Neczaj fait un signe, un serviteur s’approche, prend la lettre, et à la demande du mourant la lit à haute voix.

Et dans la salle, dans le silence qui s’est fait, la voix dit les mots de Jeanne, la staroste, qui, sur son lit de mort, adresse un adieu à cet homme qu’elle a aimé, lui parle de son fils Ivan venu auprès de lui, et puis le serviteur déplie l’autre papier contenu dans le pli, lit la déclaration, écrite il y a force années, par laquelle Simon Woronicz, staroste de Smolensk, reconnaît comme son fils l’enfant que porte sa fiancée Jeanne..

Orlik a fermé les yeux.

À ce moment Orlanko/Ivan entre à grands pas, visage crispé d’une joie sauvage, s’approche de lui et … mais ce qu’il déclare et ce qui adviendra de lui, de tous, nous vous le dirons la prochaine fois.

Et les deux femmes sortent dans le brouhaha des enfants, que le maître et les mères calment doucement.

 

Texte: Brigitte Celerier