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Élodie 2013

Dans le fort Bastiani, le vieux cosaque est assis devant son écran et fait glisser ses pensées en arrière, dans le temps, avec un sentiment de bonheur et de gratitude.

Ce n’est qu’un jour en novembre 2012 qu’il commença sa vie de blogueur, après quelques exercices de doigts de quelque peu de mois, autre part. Le curator de contes. Une grande aventure en Français, pas sa langue maternelle.

Il n’aurait pas pu le faire sans l’aide d’une jeune fée, Élodie qui, au début de 2012, avec un diplôme de la Science Po à Paris et après une carrière dans le monde de l’or noir, avait  ouvert avec passion un magasin de fleurs écologiques, “Églantine Sarrasin”,  au centre de La Haye, à côté du Palais de la Reine. Elle offrit spontanément de jeter un dernier oeil sur ses textes. Sans toucher à son style exotique du français, mais en jouant avec ses imparfaits et passés simples et surtout, en corrigeant ses prépositions, le plus difficile pour un Cosaque. Le vieux cosaque vous dit:

« Je continue d’être bien étonné par sa générosité. C’est normal”, elle m’a dit toujours. Toute une année elle m’a donné cette aide sub rosa.

Il est grand temps de vous présenter cette fleur des collines des Hautes Ardennes. Elle a corrigé tous mes cent dix-huit articles chez le Curator inclus les cinquante épisodes de la  Chronique de Moussia et, de très loin, par les cyberondes, les premiers vingt articles de ma nouvelle aventure, ce blog des Cosaques des Frontières, le refuge pour les dépaysés.

De très loin, car, malheureusement, la crise a frappé aussi au centre de La Haye, maints magasins y fermaient en 2013. Élodie devait fermer aussi, en mai 2013. Le doux destin l’a récemment conduit à Beyrouth d’où elle continue de travailler pour son nouvel emploi parisien, une occasion offerte par l’existence de l’internet.

Elle visite ici encore, parfois, accompagnée par sa mère et une petite Norwich Terrier très vivante, une chienne d’Espagne, probablement venant de cercles juifs là-bas, car l’animal enthousiaste (dont je suis tombé éperdument amoureux), à son arrivée de Madrid après la mort de sa première propriétaire,  s’avérait  être appelée Golda.

Golda

À la fin de cette année, je veux que Élodie  et Golda ne restent pas sub Rosa plus longtemps.

C’est par ces forces combinées que j’ai pu établir une présence en France, parmi vous, mes lecteurs bien-aimés. Sans votre soutien et twiture continuelle, je n’aurais jamais pu ni osé commencer ce blog collectif des Cosaques.

Je remercie chaleureusement mes copains et copines Cosaques, surtout Brigitte Celerier, la grande Cosaque Borislava de la première heure, sans son encouragement je n’aurais jamais osé le commencer. En cas de nécessité, elle me remplace, car le blog doit continuer. C’est elle qui mouline  et pétrit maintenant mes prépositions d’une façon charmante. Elle me renvoie les brouillons avec des mots comme :  “J’ai mutilé votre texte” quand elle n’a fait que cinq petites corrections (j’ai appris un peu, cette année). Mais Élodie veille et reste disponible du Libanon, pour le cas où je recommence avec les traductions de Terborgh. “C’est normal”…

Même si je préfère encore un livre en papier aux mots sur un écran, j’avoue que ce blog m’a apporté de contacts et amitiés chéries et une grande portée géographique de mots et de lecteurs. C’est la puissance du web.

Mes co-Cosaques se trouvent dans des lieux lointains pour moi mystérieux et séduisants: Avignon, Hô Chi Minh-Ville, Avry-sur-Matran, La Tour d’Aigues, Perpignan, Amiens et Paris. La plus grande partie de vous, les lecteurs, se trouve en France, mais  le blog est suivi aussi de Belgique, du Canada, de la Suisse, des Pays-Bas, de la Malaisie (où j’ai habité onze ans) et de quelques dix autres pays.

C’est le grand bonheur que j’ai pu voir quelques-uns de mes lecteurs en chair et os. Ils sont tous  Italiens. Giovanni Merloni, sa femme Claudia Patuzzi et leur fille Gabriella, qui m’ont rendu visite ici en août. C’est, incroyablement, Marco Antonini (87), le fils aîné de Giacomo Antonini de son mariage avant Moussia, celui avec la Hollandaise Hetty Marx.  Il m’a découvert en septembre après qu’un  un journaliste, Roberto Festorazzi lui ait dit par téléphone : “savez-vous qu’un Hollandais écrit sur votre père sur le web ?”, la Chronique de Moussia.

Nous avons visité les Antonini, Marco et Marie-Louise, sa femme charmante depuis un demi-siècle, au sud de Rome, pendant cinq jours au début d’octobre. Une visite inoubliable. Lui et moi, parlant non-stop dans sa chambre de travail donnant de loin sur la plage d’Anzio, la même chambre d’où, garçon de dix-sept ans, il a vu l’atterrissage des Alliés en janvier 1944. Il m’a raconté tout en détail.

Situation extraordinaire: il me racontait tout sur sa mère dont je ne savais rien, alternant entre le hollandais et l’anglais, moi je lui racontais sur son père, beaucoup dont il ne savait rien, son père l’ayant abandonné à l’âge de six ans. Nous nous sommes séparés comme de vrais  frères.

Il m’écrivit il y a quelques jours et je voudrais bien terminer cet article avec quelques de ses mots:

“Cher Jan, le 24 de décembre nous aurons toute la famille ici [il a quatre enfants et une grande foule de petits-enfants]. J’ai dit à Marie-Louise que ce Noël de 2013 est comme un de ces NOËLS DE GUERRE  quand nous étions totalement incertains de tout, tout en épuisant nos dernières réserves. Aujourd’hui, seulement une petite minorité, comme pendant la guerre, peut vivre plus ou moins contente et détendue, la grande majorité se fait BEAUCOUP de soucis.”

Bien informé de mes soucis récents, il m’avertit  sagement, à la Brigitte, avec une expression française (il est fluent en français et hollandais, l’encore beau hollandais d’il y a soixante ans, sans les terribles infections anglaises) : “Qui n’a pas l’esprit de son âge, de son âge a tous les malheurs”, et il terminait avec:

“Je me souviens Réveillon 1943: on était assis devant la cheminée, ma mère, mon demi-frère et moi, on entendait de près les soldats allemands de l’artillerie antiaérienne derrière notre maison, chantant leurs chansons de Noël ‘Oh Tannenbaum’, tandis que les avions anglais, les Tommies, circulaient  au-dessus de nos têtes, les pilotes  sans doute fredonnant des chansons similaires, en jetant des signaux lumineux pour pouvoir observer la route de Rome au sud … peut-être , après tout, aujourd’hui nous pouvons nous sentir un peu plus à l’aise…”.

Ces deux blogs m’ont  apporté de l’amitié et de l’amour.  Un grand merci à vous tous, les amis »

Texte : Jan Doets
Image: Élodie, devant son magasin glorieux “Églantine Sarrasin” au centre de La Haye, au début de 2013.