pour cosaques Sze Mao (CLI)

Insigne du Corps Léger d’Intervention

Elle a refermé le livre, elle a tenté d’imaginer.

La Chine, une ville, elle ne sait de quelle taille, elle sait juste que c’est une ville du sud, près, tout près de la frontière du Viet-Nam. Que c’est là qu’ils étaient arrivés, après la colonne Alessandri.

Elle imagine un homme, jeune et épuisé, en bout de chemin, au moins pour un temps.

Ce serait le 10 mai 1945.

Il regarderait ses deux camarades.

Ils étaient là, trois, seuls, avec le poids en eux de tous leurs morts, avec le poids d’un mois de marche, de combats, dans la jungle, les sentes, les collines ou montagnes.

Il sont assis, ils restent là.

Il se bat avec des images, il tente de se souvenir, d’ordonner.

Le parachutage, un jour de fin mars, il ne sait plus quel, survoler la mer verte, la clairière, le saut.

Rejoindre les légionnaires rescapés, et marcher, marcher, combattre, pour freiner, arrêter un temps les japonais, décrocher, reculer, combattre, tenir, un temps, repartir, ceux qui restent, trouver un point d’appui, s’arrêter, tenir, freiner les japonais, décrocher…

Il secoue la tête. Houei Houn, Muang Khua, Boun Tai, la boue, la pluie, la faim, presque plus de munitions, abandonnés, les morts, un jour de marche, Muong Yo, la dernière route, la Chine, eux, là.

L’autre, à côté, le regarde. Il dit «il est beau le Gaur K, maintenant»

Il dit quelque chose qui se termine par «l’hommage du général»

Il crache.

Texte et image: Brigitte Celerier