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Je veux écrire. Mais, cela veut-il dire que je suis écrivain?
Un jour, les fils de F.C. Terborgh, encore adolescents, lui posèrent la question suivante:
“Père, quand peut-on appeler ce que l’on écrit, de la littérature ?”
Terborgh, homme de peu de mots, leur répondit : “quand il faut entrer en éruption”.

Il y a quelques années je posais une question similaire à mon ami Nooteboom. Il me dit:
“Quand tu confies quelque chose au papier avec une volonté, tu peux l’appeler écrire.”

J’ai vécu une longue vie, j’ai rodé par le monde entier, j’ai beaucoup à raconter, ma tête en est pleine, la pression monte. Pourtant …
Je me souviens quelques phrases au sujet de la mémoire qui me frappaient en lisant Marcel Proust et que je notais dans un petit calepin, comme:

« Si notre vie est vagabonde notre mémoire est sédentaire, et nous avons beau nous élancer sans trêve, nos souvenirs, eux, rivés aux lieux dont nous nous détachons, continuent à y combiner leur vie casanière ».(Le temps retrouvé)

J’avoue que j’ai assez de raconter de l’histoire, de faire des recherches à la Sherlock, de ‘l’enquête continue’, comme je le fis dans les cinquante épisodes de   La Chronique de Moussia. Au moins pour le moment. Je veux rêver, en me déplaçant sous les vagues comme un sous-marin. Détaché des réalités de ma mémoire qui, comme chez nous tous, est toujours sélective. Ma fantaisie innée est piégée par tous ces souvenirs. Où est le petit garçon en moi ?
Pas facile de se laisser aller comme ça, quand on a un certain âge, mais il faut le faire. Libérer les cellules de leurs fardeaux, ou les alléger.

Parfois, dans le silence nourricier (Proust) de la nuit, j’ai des sensations d’une telle libération. Des petites bulles se libèrent de mes cellules (attention : la mémoire se trouve dans toutes les cellules de nos corps, pas seulement dans notre cerveau) et montent en l’air, comme les ballons de notre jeunesse, avec une petite carte liée,  en route vers un lieu lointain et inconnu.

J’espère que vous, mes chers amis lecteurs,  aurez tout plein de patience. Je vous exhorte à chacun individuellement,  avec les mots du poète allemand Michael Krüger que j’ai rencontré une fois :

Le Onzième Commandement
tu ne mourras point,
je te prie
Juste avant l’orage, Poésie, 2003 (pas paru en traduction française)

Das elfte Gebot
Du sollst
nicht sterben,
bitte
Kurz vor dem Gewitter, Gedichte , 2003

Texte: Jan Doets