Introduction
Et la poésie ?
-Je ne saurais trop comment dire mais la poésie fait partie de ce que l’analyse m’a apporté. L’écriture poétique est comme une intimité créatrice qui se constitue tout au long d’un travail psychique. Je crois qu’avec l’angoisse mon intérêt, au lieu de se porter- comme c’est la plupart du temps le cas, sur l’action et le mouvement – c’est déposé sur la pensée et la création, poétique comme littéraire. C’est comme si j’avais été affecté par la poésie ; je n’ai pas le sentiment d’avoir choisi. Je crois que c’est une forme langagière singulière qu’il m’a été donné de rencontrer. La poésie est un art du verbe, du rythme, de la mémoire et, c’est peut-être le plus important, de la sensibilité. Je n’ai pas l’impression d’effectuer un travail intellectuel, bien que ma poésie paraisse à certain obscure voire hermétique. J’aime le frayage avec les mots complexes, les concepts ou les images qui, tout en relevant de mon intimité et de ma sensibilité, descendent le cours de la rivière du langage. Yves Bonnefoy défini le lieu de la poésie comme le lieu de la figuration, dans l’actuel, d’une manifestation vibratoire en lien avec l’absence, la mort, à l’aulne de Mallarmé, de Baudelaire et de Rimbaud tous considérés comme les révélateurs plus que les créateurs, d’une poésie de la mort présente dans le verbe. C’est du sensible dont il est question-là. A cet endroit précis où se conjuguent au présent le souvenir, la mémoire, la danse et la musique de l’absent, pas de l’absence, de ce qui manque dans le présent, un trou, un vide une vacance. En creux comme avant, comme avant le déluge, avant le tsunami ou avant la vague scélérate surgie de nulle part qui envoie par le fond l’étendue d’une amertume salée. C’est de ce creux, déjà là d’une certaine façon, que l’on contemple l’abîme de son âme dans la lame de fond d’un inconscient protéiforme, amer pour Baudelaire. Où, que « sur le néant (angoisse) tu en sais plus que les morts… (et que) défait, hanté par (t)on linceul, (tu meurs) lorsque (tu) couche seule. »
Mallarmé
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Lorsque les mots sont trop fort, je m’absente
Lorsque l’émotion est trop forte, je m’absente
L’absence est une compagne, une enveloppe,
Fantôme shakespearien, erre de l’absence.
Evanescence, insistance souveraine,
Halo ténu d’un poème cutané
Que le temps grave, esprit vengeur,
Oublieux du Livre, sans chaine, sans objet
L’absence m’accompagne, m’enveloppe,
Fantôme shakespearien, Ere de l’absence.
Autre conséquence là, sur la poitrine
Tu pèses et conscrit un témoin de charge
Oublieuse, le temps réduit au présent
Sur l’obscur rempart d’une nuit fatiguée
Les mots égarés, l’absence guette
L’absente comme une présence
Sans surprise de ton corps suinte le mépris
Telle une humeur noire un creux, là, au ventre
Sérieux ! Ton humour ne te dissimule plus
Nu désormais tu éclates de vérité
Texte : Jean-Claude Bourdet
Merci pour cette découverte.