1)
la nuit rend l’âme
à mon corps défendant
quand le paysage
rentre d’un coup
dans la pièce
je vois les ardoises
noires des toits
briller au soleil et
les galets s’humidifier
au fil de l’eau
qui monte lentement
avec l’océan qui roule
du sable par un temps
d’automne

la vague semble
une totalité liquide
liée à
l’être jaillissant
du passé vers l’avenir
dans un bond d’écume
la plupart du temps
la vague ne se retourne pas
elle roule le souvenir
vers ce qui va advenir

le cri du goéland
passe par-dessus les toits
il est 9 heures
l’aiguille à mon poignet
livre son verdict
c’est quelque chose
que ce temps qui est
regardé comme suspendu
dans l’air
tandis qu’au large
l’océan va sans cesse

maintenant l’eau recule
tout ce qui a été conquis
de haute lutte se découvre
des algues noires jonchent
le sable parmi les trous
où les pierres chantent
au soleil couchant
bientôt il s’agira
de l’être lui-même
se découvrant selon le même
mode et laissant paraître
le temps saison après saison

2)

les partitions (une note dans un détour de pied)
deviennent de simples avant-corps

Brest
c’est tout dire

le temps envahit l’espace
(qui engendrait l’uniformité)

la fable dit moins que sa seule présence
c’est
une histoire en marche
les eaux (le bleu) recouvrent alors l’étendue
le point accuse la continuité
ce n’était qu’un point de vue
d’un milieu à l’autre
qu’heureusement l’image en devenir dessille

dans le même temps
c’est-à-dire maintenant
Brest
se sépare de la pose initiale
et l’absence surgit
de ne plus fermer les yeux

il y a du bleu dans le ciel des yeux qui
évoluent dans un temps continu
avec la vague qui porte et reporte sans cesse le temps
comme le corps porte maintenant le bleu et l’écume

c’est une eau pour
mon visage mes chaussures sont en couleurs
elles recouvrent

on entend mes mains
jouer (avec) la mer
sous mon chapeau
porté à l’horizon

Texte/Toiles : Jacques Cauda