
Pourquoi nier la dette puisque je la traîne
ce sale gosse livré à lui-même
crispe ses deux petites forces
et regarde de biais
toutes ces gueules d’édentés
futurs tueurs d’éternité
leurs rires aussi colorés que le vice
incapables de pitié
brisent rêves et espoirs
pour en faire le négoce
que lui dire à ce petit enragé
le soir venu bercé dans sa fausse sécurité
rompu comme un esclave
au jazz de la dernière chance
ses cannes garde le beat jusqu’à la brèche
même ses chaussures de marque
ne ramèneront pas
sa drôle
sa Valentine
quand de nombreuses Saint Valentin plus tard
je t’ai perdu au cœur
de mes horizons bâtards
puis les nuits d’été parfois
quand la rue délivre cet air bête
et me fait baisser la tête
je martèle à mon tour les mots rejetés ou rivés
à la chaîne
je crois les entendre
oui, ce sont bien elles
tes deux petites cannes au rythme de la fête

Sur l’auteur
Grégory RATEAU s’est rapidement imposé sur la nouvelle scène poétique contemporaine. Il a obtenu le Prix Amélie Murat 2023 pour son recueil Imprécations nocturnes aussi sélectionné au Prix Ganzo du Festival Etonnants Voyageurs. Des critiques et des entretiens fleurissent un peu partout dont Europe, Arpa, Zone Critique, Esprit, En Attendant Nadeau, Poesibao, Les Lettres Françaises, La Cause Littéraire…
Parrain pour différents concours francophones, ce poète « révolté » et « engagé » par l’écriture et seulement par elle, questionne sans cesse le réel comme ses grands modèles : Fondane, Cendrars, Moreau, Demangeot, Rodanski, Rimbaud, Ginsberg, Larbaud, Prevel.
Ses poèmes rencontrent un véritable engouement, en seulement deux ans, ils font l’objet de lectures publiques dans les Instituts, les Lycées, les Universités, les Maisons de la poésie, les Festivals, publiés dans plusieurs anthologies du Le Printemps des poètes, dans un livre d’art, une cartographie de la poésie et dans plus d’une quarantaine de revues papiers et numériques en France/Corse/Haïti, au Sénégal, en Suisse, au Québec, au Portugal, en Roumanie, en Belgique, Espagne, Pérou, Liban, Italie (L’Orient le jour, FPM, Arpa, Gustave, Le Cafard Hérétique, Place de la Sorbonne, Verso, Points & Contrepoints…). Il signe également la préface du poète communiste Gérard Lemaire, Pourquoi écrire ?
Jean-Baptiste Para, poète et directeur de la célèbre revue Europe écrira : « Un kaléidoscope. De multiples éclats du monde réel, en constant mouvement, leur retentissement sensible dans une conscience et un corps, la saisie des impromptus des jours dont le poème garde trace pour longtemps, tout cela intervient dans la relation que le lecteur peut entretenir avec ces poèmes qui (r)avivent son propre regard sur le monde. »
Toujours en errance, il vit aujourd’hui à Bucarest où il est le directeur d’un média mais aussi scénariste. Il est également l’auteur d’un récit de voyage sur la Roumanie (très médiatisé dans sa version roumaine et intégré au Guide Michelin) et d’un premier roman, Noir de soleil, chez Maurice Nadeau (sélectionné au prix France-Liban et au Prix Ulysse du premier roman 2020).