planètes
 

Sous la lampe, éclate le temps, des mots aux élytres d’acier. Je mâche la limaille de mon rêve fini et mes dents crissent sous le menu de fers. Mon enfant c’est de toi qu’il s’agit…

La peur désormais est au lever des puits, la colère abat le songe comme un oiseau gibier. Je suis devenu mon propre ennemi, chaque jour, mon enfant l’idéal, aux rires éclatants, se cache et fuit tandis que je m’active à ma tâche et que je ploie sous le manque de cris. Mon enfant c’est de toi qu’il s’agit…

Je n’étais qu’une seule, corps et âme. Maintenant une part de moi me quitte, chaque aube qui vient, j’enfile la veste qui me dédouble. Je suis exsangue. Oui, c’est de toi qu’il s’agit …

Regarde mon corps travaille, mon corps sue et souffre. Regarde comme parfois il essaie le rire encore. Dedans l’âme détachée erre lamentable dépouillée de sa peau. Chacun comme moi laisse dans la penderie de la nuit, son enfant son idéal. Il va, ne garde en poche qu’un poing muet et un nœud de courage au mouchoir. Divisé dedans divisé partout, et l’on ne s’inquiète pas de ce mal étrange qui décolle nos chairs et nos pensées, nos pas et nos buts, nos paroles et nos actes. Quel mal décolle mon jour de mes nuits, mon repos de mon ouvrage ? Ces choses en moi que l’on a départies, qui pourra dire si elles pourront s’assembler à nouveau demain…Mon enfant mon idéal, c’est de toi qu’il s’agit…

Le plus dur, je le sais, ce n’est pas de changer, ce n’est pas d’être plus asservis encore, d’avoir à faire plus pour rien de meilleur. Le plus dur je le sais, c’est de vivre ainsi avec cette âme qui tremble comme une ombre vendue.

Je chemine dans des vêtements trop étroits, mon corps est d’enfants et d’enfants encore. Je sème ainsi des univers, comme des perles tombent crues dans la mer, je suis une femme collier que la vie secoue dans l’arbre mûr de ses nuages et j’aime infiniment l’idée de m’écrouler comme une pluie. Partout sur ma route, les fraises rouges des autres mondes, ils portent des prénoms délicieux dont la terre s’enivre. Et derrière moi le seul sang qui sèche est celui des baies sauvages parmi les ronces. Je suis un épi de racines, une amande de soleils, quelque chose me brise un jour et libère de moi les avenirs.

Texte : Anna Jouy
Photo : https://www.just-kiss.com/de/vlies-fototapete-1868-welt-tapete-weltall-planeten-schwarzes-loch-sterne-schwarz.html