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Les Mots Interdits

« Tant remplis de toute espèce d’injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice, pleins d’envie, de meurtre, de querelle, de ruse, de malignité. »

Forcément un truc pareil, tu le changes ou tu le modifies. Il n’est pas béni éternellement. Il représente l’homme corruptible. Celui qui déshonore son propre corps. Vivant d’usage personnel. C’est-à-dire avec la mort. La jugeant normale. Le projet d’aller vers elle. Ça s’arrête là. Avec la peur des passions infâmes. Alors qu’il ne lui reste que quelques mètres à parcourir avant d’en finir avec tout ça.

« Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché. »

La condamnation atteint tous les hommes. Mais la mort ne peut plus régner seule. Cette conformité à sa mort doit s’ouvrir à l’authentique résurrection. La science est intervenue pour que l’offense s’efface. La grâce surabonde. Et les mots trépassent. Inaudibles – inutiles face à la promesse d’une vie presque éternelle.

C’est en la mort que l’on a été baptisé. C’est pour elle que la poésie est née. Elle lui a offert son corps comme instrument de justice. Et de beauté ultime – intime – face à la destruction. Elle ne dit pas la parole divine. Elle résiste à sa volonté. Et voilà que son objet s’effondre. Et voilà que ses vases de colère créés pour la perdition se fracassent contre les promesses d’une vie sans langage. Puisqu’éternelle.

Si tu confesses la sédition, l’œuvre n’est plus une œuvre. À moins qu’elle ne se développe aux dépens de cet enfer promis. C’est la seule chose qui nous restera de sauvage.

Cachée, derrière l’échafaudage de l’hyperstructure techno-scientifique, la pensée continue de s’élargir. Presque clandestine. On a de la peine à la reconnaître. Perdue dans le bruit atemporel. Dans ce mouvement accéléré, où les corps voyagent aussi vite que les informations, elle est désormais la donnée essentielle.

D’abord « plan primitif de la révolution du câble », elle a vu sa force invisible décuplée quand la marche insensible vers l’immortalité s’est emballée. Et qu’elle a balayé la faiblesse soudaine des mots. Ils se sont tellement trompés. Alors que les  chiffres et la science dure sont implacables et toujours justes. Même dans leurs doutes. Rien d’étonnant dès lors qu’ils aient abattu si facilement la langue et ses discours.

De sa voix cassant
les mots, pour le
silence derrière une
grille. De son corps
sortant d’un sol
laminé…Il ne me
reste que le vide
qui pourrait être
mortel. Sans les
mailles tissées à
partir des rues.

Sur fond de
méprise, de formes
vieilles et d’atavisme…

Le blanc, tout ce qui
suit à la chaîne. Des
années plus tard
aux mêmes endroits
rouillés. Affectés par
trop de désirs inconnus.

Ce que tu avais en tête,
ce bras de fer inutile
avec la vie, chargée
de poussière, de
verre pilé, d’étiquettes
aux rythmes purs.

Indignes pourtant de
tes rêves annulés.

 

Texte et photo : Yan Kouton