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Vent des dimanches

Vent de semaines.

Dégagé silencieux nu.

Espace inhumain. Est-ce pour confirmer que c’est bien le vide? Grande lumière partout et moi dans le bar de la Gare, borne d’amarrage de mes sorties de route. Ici, avec un café débute l’essentiel toujours de ma nouvelle méthode de vie. La matrice ferroviaire, habitée de va et de viens, de départs et d’arrivées, comme si elle jetait des bébés tout pleins de cicatrices et de douleurs dans l’escalator existentiel.

Je sais que je suis un vieux prématuré. Bien trop tôt pour l’heure du train comme pour m’assurer que personne n’a eu l’idée entre temps d’effacer cet endroit de la carte ou que le vent  n’a pas emporté mes valises introuvables. Je veux être à mon rendez-vous, je suis au taquet.

Yoyo intense. Je pars je viens je joue à l’élastique sans cesse étirée-rabougrie.  Je teste le craquement, le point de rupture… Lausanne  80 km puis retour puis repartir, succession de flexions génuflexions. Je passe de carte en carte sautant dans les cases du chemin initiatique. Où en suis-je? Pas loin du point de départ. Et je reviens. J’essaie le loin, le proche  je teste le début, un bout de trajet et hop je reprends la main. Je m’approche je m’éloigne. Choisir mon camp là où la résistance de l’élastique cédera, où le nerf du ressort pètera? Ici? Ou là-bas?

La gare est-elle un arcane?

Il y a eu un moment, peut-être quelques heures, où vous m’avez aimée. Je le sais. C’est ce que je cherche pour en finir. Aller-retour.

Où sont nos désirs prospères nos envies de bouffer de la vie. Où sont mes croyances  sans équivoque: je ferai l’amour  je ferai l’amour je ferai l’…avec toutes ces charges de joie et de tristes violences. Il suffisait avant de lancer dans le ciel cette rage de vivre pour que tombent des colombes et des pains bénis. Mains tendues je recevais et dans ma paume qui en brûle toujours, des baisers autant que je pouvais dire encore encore encore…

Le vent des semaines…

Ce n’est pas le vent qui manque . Il s’installe, il prend corps et forme. Le vent surgit dans ce trou, de l’absence de poésie. Le vent monte comme une ombre portée de tout ce qui ne peut apparaître. Le vent dans son ultime chrysalide laissera la mort sceller gestes et paroles et poser son petit catafalque sur le désir. J’en vois qui suturent avec des frénésies paralytiques leurs lèvres vives… Bien avant que je ne doive rendre les images, combien de poèmes et de paroles revenues à la poste restante.  Poésie à cultiver le vent et le désert. Fléchée bien avant Le vent m’administre le silence à la cuillère à poison, une pour papa une pour maman,- allez ouvre la bouche, petite que je claque tes lèvres une fois pour toujours.  Tout est de vent.

M’en sortir  avec les girouettes.

 

Texte et dessin : Anna Jouy