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Blast-3

En découvrant ce fragment, son écriture mauvaise presque maladive, j’ai trouvé une consolation. Quelque chose nous rappelant l’œuvre accomplie, l’œuvre à venir, au milieu des outrages. Je l’envoie vers vous, qu’il console vos cœurs également.

Ramasser en une seule entité l’ensemble du corps social c’est prendre le risque que la superstructure politique ainsi créée ne devienne un monstre incontrôlable ou, bien au contraire, trop contrôlé. Céline, dont les phrases finirent par fusionner corps et biens avec la langue du mal absolu, ne souhaitait au départ que projeter dans la littérature cette langue populaire qu’il entendait autour de lui. Lorsque cette dernière devint le fleuve charriant la destruction des juifs, il était trop tard. L’écrivain génial était enfermé dans sa prison textuelle, refusant de reconnaître que le temps se perd, et refusant la connaissance exacte délivrée par un témoignage, toujours le même, d’entre les morts. Un témoignage qui ne dit rien, et qui dit tout.

Je crois que ce témoignage est connecté avec nos motifs impurs, avec ce vif désir d’effacer les mots thessaloniciens. Il informe de ce qui se passe, de toute éternité. Il informe du vide infernal, sidéral, dans lequel la vérité tombe invariablement. Mais dans cette fatalité il y a notre force. Quelques mots griffonnés, quelques phrases arrachées à la destruction, seront toujours plus puissants que leur violence.

Texte et photo : Yan Kouton