La mort ne se trimballe jamais qu’à la première personne, une identité de corps et d’âme. Quelque chose d’elle germe dedans les frises de tout souffle. Quand elle a œuvré aussitôt lâche prise- c’est la métamorphose- et cherche ses nouveaux nids.

La mort se faufile aux chairs des vivants encore. Des bribes, des dires, la disparition dissémine, mille morceaux sanglants. Mille aiguilles, je suis contaminée et d’autres et d’autres…

Royo ! Royo ! C’est un cri de conquête. C’est de la pluie qui monte monte monte ! Le ciel en est trempé.

–          Je t’écoute

Ta constellation triste, ce point d’étoile qu’on a dedans, le plexus vibre douleurs. Je te connais un peu, puisque je meurs avec lenteur du mal que tu me donnes, celui des statues, des effigies de bronze, et celui de ce «  grain léger » tu dis laisser.

–          Ne te fais pas des soucis

La mort, on prend le relais, c’est sûr. Tristes hampes pour le ciel noir, nous allons maintenant troués poursuivre. Pourtant, nous ne voudrions pas autre chose, porter contre soi le vide que tu fais.

–          Je t’attendrai, ici. Écoute ma musique.

 

Texte : Anna Jouy et Jan Doets
Musique : Goodbye Pork Pie Hat, Charles Mingus (1959), composé pour Lester Young, deux mois après sa mort.