Étiquettes

J.H. Moesman-1

“En regardant ta toile, je suis au guichet, à la serrure de l’extraordinaire. J’aimerais qu’il me soit révélé. Pourtant je ne saurai rien : le message, l’autre monde, se tient dans l’angle mort de tes toiles. Et plus mon regard cherche à écarter tes voiles, aller jusqu’au coude de la lumière … moins il se brise : on ne malaxe pas ce genre de rayon. Trop raide je suis.” écrivit Anna Jouy hier, dans son “Peintre, regarde-moi … 2”, sur le peintre canadien Gabriel Lalonde.

Mon regard latéral sur elle : son texte me fit me souvenir du peintre néerlandais Joop Moesman (1909-1988). Car les peintures de Lalonde et les mots d’Anna un peu surréalistes me laissaient regarder dans le lointain, abasourdi, et le souvenir de Moesman me tomba dessus. Je ne suis pas quelqu’un d’un pays fait de pentes, comme celui d’Anna, moi je ne suis qu’un simple homme des marais rassuré par la terre ferme et horizontale, par les plages et les lacs. Entre les inclinaisons d’un pays montagneux, les mots et les messages flottent dans l’air comme des extraits de quelque vieille soucoupe, je m’imagine, en empruntant ces quelques mots à Anna. Chez moi, par contre, on peut regarder dans le lointain, et s’il existait des extraits, des eaux sales, ils seraient dispersés bien vite par le vent qui est toujours là.

Pourtant, nous les gens du pays plat avons le besoin aussi fort que celui des montagnards d’un échappement dans le surréel. Et ça rappela Moesman. Son surréalisme est bien celui d’un homme de mon pays. Quand nous voyons une femme à bicyclette, toute emmitouflée,  qui se dépêche vers le conservatoire avec son violon, nous voyons l’essentiel dans le réel.

J.H. Moesman-2

Et si cette femme veut nager toute nue dans la mer du Nord, il nous suffit de voir que sa robe est pendue sur le mur de son hôtel.

J.H. Moesman-3

Joop Moesman était fonctionnaire des Chemins de fer, typographe professionnel et peintre et photographe amateur. Il avait vu des images des surréalistes français dans un magazine et commença de travailler dans un style similaire. Ce n’est que depuis les années 1960 qu’il obtint un peu de reconnaissance quand Her de Vries introduisit son oeuvre chez André Breton. Calligraphe doué, il a créé les polices d’un alphabet, le Petronius.

Petronius de Moesman

Texte: Jan Doets reprise du 7 août 2014
Images : J. H. Moesman : – Portrait du poète catholique Gabriel Smit – La Rumeur – La Marée Haute