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cosaques - notre Dame Matisse

Ce serait presque un schéma, ce seraient quelques couleurs et traits.

Ce serait du blanc, du bleu, deux taches noires, une tache verte et des hachures.

Mais ce serait une masse, une évidence.

Ce serait le bleu de l’eau uni au bleu du ciel.

Ce serait la pierre des quais, les pierres du monument devenues transparentes.

Ce serait l’absence des sculptures, des porches, des roues de lumière, de la flèche de Violet Leduc et ce serait elle.

Ce serait, perchée en haut du tableau, et pourtant pesante, massive, présente, la cathédrale.

C’était au début de 1914, Matisse à sa fenêtre, quai Saint Michel.

C’était après les tableaux ramenés de Tanger en 1912, après les grandes natures mortes aux formes simplifiées flottant sur un fond de couleur violente de la fin de 1913.

C’était l’aboutissement de cette simplification, ça avait été, un peu auparavant, les lignes rectilignes, les verticales, de la femme au tabouret, ce tableau en camaïeu de gris, avec le rose dénaturé du visage, les deux taches, verte de la jupe, rouge d’une table, qui est, comme Notre Dame, au Museum of Modern Art de New York.

Ce serait, à la fin de cette année, la superbe porte fenêtre à Collioure du Centre Pompidou, grand rectangle noir, au centre, rectangle élancé bleu clair à gauche en pendant aux deux très fins rectangles gris puis bleu-vert de droite.

Mais ce serait elle, Notre Dame ce tableau dont Marcel Sembat disait dans une lettre de juin 1914 qu’il était le plus génial, celui où Matisse est le plus personnel, et ce fut mon arrêt prolongé devant lui, durablement conquise, lors de la grande exposition Matisse au Grand Palais en 1993…

C’était à l’époque où courrait une petite guerre dans laquelle on l’opposait à Picasso, pour la puissance duquel j’avais et je conserve une admiration inaltérable, conflit dont je me tirais en disant mon amour pour Ernst, Miro, Dubuffet, Zoran Music… ou d’autres, parfois.

 

Texte : Brigitte Celerier
Image : Matisse, ‘Notre Dame’