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pour cosaques - ce serait

Ce serait en arrivant à Delft, s’être perdue et se retrouver dans un monde de métal, de verre, de macadam, de couleurs laquées, de sigles – ce ne serait pas laid, ce pourrait être même assez beau, mais froidement dur – j’en serais gelée, et les traces de neige fondues que décembre aurait laissées sur quelques bouts de terre et d’herbe pauvre n’arrangeraient rien.

Ce serait buter sur un hangar d’un rouge chaud sur le ciel bleu de lumière hivernale, tourner à quatre vingt dix degrés, et redresser la tête, comme un cheval qui hume le vent, un souvenir, l’écurie peut-être, ou les courses folles de l’enfance (on peut rêver, même à partir de souvenirs de livres d’adolescent), parce que, dans l’axe, il y a un fléchissement des lignes, un espoir, quelque chose, une rangée d’arbres qui alignent en léger biais leurs bras nus, et que cela dit canal.

Dit canal, dit eau, vivante sans doute, il ne fait pas assez froid pour la glace, vivante donc et petit talus d’herbe fanée, et qu’en le suivant viendront tôt ou tard, l’espoir est là, l’humanité des briques, leurs nuances, des silhouettes de passants, quelques bicyclettes au delà de ce désert où nous errons, peut-être même le petit pan de mur jaune qui ne l’est sans doute plus, et les superbes pignons baroques.

 

Texte : Brigitte Celerier