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FCT Varsovie 1946

L’hiver cédait. En mars, il y avait eu déjà des jours ensoleillés, le dégel avait commencé et le sol était trempé. Maints chemins de campagne étaient devenus impraticables. J’étais parti pour ma promenade du dimanche, cette fois en dehors de la ville, dans l’espoir de rencontrer un peu de printemps. Mais une pluie morne me contraint à rentrer.

J’étais allé au restaurant et était en train de consommer mon repas dans ce local triste. J’y étais presque seul. Un peu de lumière entra faiblement par une fenêtre étroite, masquée du ciel par un mur dans la cour sans vie.  Il avait une petite lampe dans un coin et on sentit une odeur de fumée refroidie de la soirée précédente.

Je m’ennuyais, j’étais mécontent de moi-même, trop apathique pour même ouvrir un livre et j’attendis le passage d’une heure lente, la première d’un après-midi sans lueur.

Dans la porte apparut le jeune Polonais, récemment rentré de l’ouest, le même que j’avais remarqué il y a quelques semaines. Il s’arrêta, en hésitant, puis se dirigea vers la table devant la fenêtre. Il ne portait plus l’uniforme. Probablement l’avait-on averti de maintenir une attitude discrète. Il s’assit et regarda dehors, ses coudes sur la table, ses mains sous le menton.

À sa main gauche, il portait la bague de Dembinski.

L’avait-il acheté ? Ou était-ce un cadeau de quelqu’un ? Ou était-ce entièrement une fiction, une cohérence volontaire qui n’existait que dans mon esprit, celui d’un étranger qui n’avait perçu que les apparences superficielles, la surface, incapable de pénétrer dans le noyau ?

Lui avait-on donné une mission ? Avait-il accepté une tâche ?

Toutes ces questions ouvertes demeuraient sans réponse.

Tout ce qui restait était la lumière morne d’un ciel pluvieux et le vide lent et morose d’un dimanche après-midi sans issue.

FIN

F.C. Terborgh, La bague (1954), traduction du néerlandais par Jan Doets