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Romain Gary Blog

Le domaine de la littérature française est vaste, d’autant plus pour un étranger. Pendant les derniers sept ans j’ai lu quelques cinq cent livres publiés depuis que Chateaubriand a commencé à écrire ses Mémoires d’Outre-tombe, inspiré par le chant d’une grive. La crème de la crème de tout qui était imprimée en France avant les années 1980. Bon. Pourtant …

Une fois, quelqu’un m’a mis entre les mains une liste des écrivains français les plus importants de la même période. Crayon en main, pour cocher fièrement les noms de mes nouveaux amis, avant d’en faire en plus, je parcourai la liste. J’étais perplexe de constater que mes amis n’occupaient qu’un tout petit pourcentage de tous les noms. Ça me rendait humble. Une seule vie ne suffit pas.

Cependant, je m’étonnais qu’un nom que j’attendais d’y trouver soit absent : Romain Gary. L’homme qui était tellement frustré par la réception hostile de ses livres par une grande partie des critiques français de son temps, qu’il commença d’écrire simultanément sous le nom d’Émile Ajar, dont par la suite les livres étaient applaudis par les mêmes critiques qui l’avaient laissé coulé à fond sous son nom de Gary.  Sa vengeance était douce, son pseudo alter-ego était protégé si effectivement qu’il gagnait un deuxième Prix Goncourt avec.

Gary est un des rares auteurs français, comme Emmanuel Bove et Albert Camus, dont j’ai lu presque tout. J’avoue qu’il a eu ses hauts et bas. Mais il était inspiré d’écrire beaucoup de perles. Pour moi, ses livres simples sont ses plus beaux. Un de ces perles est : “Les enchanteurs”. Je pense que ce livre en particulier révèle le vrai caractère de Romain Gary. C’est libre, profond et humoristique, c’est un de ses livres que je chéris le plus, comme son début, Éducation européenne.

Il s’agit de Fosco Zaga et son père, guérisseurs et illusionnistes à la cour de la Grande Catherine à Saint Petersbourg (souffrante de constipation permanente). Fosco est éperdument énamouré de la jeune vénitienne Teresina, qui a deux ans de plus que lui mais est la femme de son père . Pas de problème, il consulte parfois le Dr. Freud à Vienne. On est illusionniste ou on ne l’est pas.

Je lus le livre quand j’étais en train me tirer d’une période difficile et les lignes suivantes me touchaient en particulier, j’y ai fait référence dans mon ‘À propos’ de ce blog, qui débuta le 18 Août dernier :

Fosco Zaga:

“ Mon père, qu’était le premier secret?

“ C’est un livre, dit-il. Un très beau livre, richement relié, et s’il ne contient à l’intérieur que quelques feuillets blancs, chacune de ces pages vides nous enseigne une admirable leçon et nous donne la clé de la vérité la plus profonde …

“ Comment ça ? Puisque tu me dis que rien n’est écrit sur ces pages ? S’il n’y a que du vide …

“ Justement. Les pages blanches signifient que rien n’a encore été dit, que rien n’est perdu, que tout reste encore à créer et à accomplir. Elles sont pleines d’espoir. Elles enseignent la confiance dans l’avenir.

J’étais terriblement déçu.

“ C’est tout ? Il n’y a pas quelques mots magiques qu’il suffirait de prononcer pour que tous nos vœux soient exaucés ?

“ Il existe beaucoup de mots, beaucoup de formules – et il y en aura de plus en plus – qui montrent le chemin du bonheur sur terre et promettent la réalisation de tous nos rêves les plus anciens, dit mon père. Les bibliothèques en sont pleines. Mais elles ne figurent pas dans les pages de notre Livre, ça c’est un Livre sage, un Livre malin.

Il veut nous épargner les souffrances, le sang versé, les chutes cruelles. C’est un livre fait de méfiance, d’expérience, mais aussi d’une grande confiance dans l’avenir, d’optimisme… ”

Merci, Roman Kacew, pour tout.

Texte: Jan Doets, image:  prestidigitée de l’internet