Au bord de l’île blanche de marbre,
Là où la mer a rendu folles les digues,
Une porte se dresse dans l’infini.
Aucun temple où se rendre, aucune église,
Seul un cadre de pierre
Ouvre à la terre sa route du ciel.
Un jour quelqu’un y suspendît deux chaînes
Pour un enfant ou un dieu qui l’est encore,
Une balançoire sous le soleil ivre
Oscille ça et là poussée par nulle main.
L’enfant ne demande pas à qui cela appartient,
Pose un pied sur le siège, l’autre du sable
Essaie son poids.
Lorsque la balançoire grince, regarde la mer.
Ses jambes ne touchent pas le sol, un bateau s’éloigne,
Reste là jusqu’à ce qu’il disparaisse.
Pour aller aussi loin, il faudrait revenir…
Alors, monte. Les chaînes tendues,
L’enfant passe devant la mer à hauteur des oiseaux,
Monte tandis que le jour descend,
Ses pieds cherchent le sable.
Personne ne l’attend.
Quelqu’un, peut-être, l’a appelée autrefois.
Elle continue le balancement immense,
Ne sait plus si elle revient ou si elle part
Là-bas très loin dans la mer rose et blanche.
Quand elle s’arrête,
Le siège oscille encore
sous son poids perdu.
Elle regarde ses mains prises dans la rouille,
Le Soleil nacré a froncé ses sourcils.
La mer s’ouvre lentement, verse un chœur sur le sable,
Ni suppliantes, ni guerriers,
Leurs ombres riantes s’allongent jusqu’à la balançoire.
Un homme marche au-devant,
La tête dans les vignes, il rit de ce séjour
Où tout est mort sauf une enfant ou un dieu qui l’est encore…
Regarde la mer, la grande porte,
Ne demande pas
Qui est parti,
Depuis combien de temps,
L’enfant descend,
Ses pieds retrouvent le sable.
Le siège bouge encore dans l’air du soir.
Devant elle, les chants, la danse,
Et l’homme qui marche
Comme s’il connaissait depuis toujours
Le chemin vers elle.
Dans la nuit rose et blanche,
Les chaînes se balancent doucement.
Texte : © Guillaume Dreidemie