Le silence comme limite à l’angoisse d’écouter les palabres ignobles. La lumière écartelée au sommet de la forêt des livres. Un éclat de diamant rouge sur la main qui se crispe. Une paix adamique jetée entre les mers qui l’engloutissent. Le regard des exilés perdu dans un rêve de mer. La noire ignorance qui souille l’écran du futur proche. Jaillie du cristal des songes creux, la lame tranchante de l’absence. Et, à l’orée des musiques de guerre, rôde le désespoir.

*

Vibrations dans l’espace marin. Le ciel claque comme un rideau fouetté. L’air est opaque. Les yeux de la terre sont rougis par les lames. Respiration large et profonde de l’énigme vivante. Tout est injure au silence. Le jour de pluie obscure s’éternise et le vent emporte l’espoir de jours meilleurs. Les sourires en grimaces de givre et les souvenirs de boue qui engluent la bouche, figeant le dire dans l’innommable. On n’a plus l’envie d’aller quérir les feux de la terre. La tristesse plonge ses racines de rouille dans la chair des pensées. On s’éloigne de l’illusion. On entre en réalité. Quelle est la raison d’être ?

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Le ciel est une écharpe de tulle déchirée par le vent turquoise. La mer palimpseste se plie et se déplie sur le bas-relief d’estran. Des falaises d’argile immémoriale exhibent leur écriture de silex. Le sol gorgé d’eau prend le pied comme un tentacule spongieux. Le port est un ventre où les bateaux amarrés dorment loin des effondrements océans dans le hurlement des âmes tourmentées.
Moutons farouches galopant sur les eaux de la rade. Torsions des caps sous les bourrasques traversières. Lutte des esquifs dans le chaos du monde. Et le faisceau du phare qui écrit le poème de recouvrance.

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Dans les forêts enténébrées… Dans les nuits sépulcrales des montagnes… Dans le minuit aveugle du grand large… Dans les sombres caveaux où l’on erre sans voir… Dans les cryptes obscures saturées d’ombres… Dans les défilés ombreux sous un ciel d’ardoises… Dans les noires cathédrales aux fenêtres murées… Dans le brouillard épais des nuits d’encre morte…
Dans les corridors enfouis où s’épaissit le crépuscule… Dans les tréfonds obscurcis par la suie des volcans… Dans les grottes où l’on avance à tâtons… Dans les prisons souterraines de la tyrannie… Dans le labyrinthe de l’ignorance… Dans la confusion des esprits… Dans le chaos de la barbarie…
Ô lumières… !

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Couche toi sur la terre. Lis deux feuilles d’arbre en caressant l’herbe haute. Laisse-toi engloutir par le petit néant. Ne déchire pas le drap de nuages. J’écrirai sur ta peau avec la griffe du dragon.
Le signe est volupté, les sens sortilèges…

Textes :  © Jean-Jacques Brouard