
Après ta vie d’avant, j’ai rêvé de toi avec un plan dans les mains.
Le plan était celui d’une grande maison de repos – et non l’hôpital –
dans laquelle tu avais vécu tes derniers jours.
Après ta vie d’avant, tu as pris un feutre orange et un autre marron pour mettre quelques couleurs sur les sandales du moine bouddhiste – on ne voyait sur le dessin que le bas de la robe et ses jambes en mouvement.
Après ta vie d’avant, j’essayais de protéger le papier du plan avec de la cellophane – document précieux à protéger – sur lequel était tracée une ligne rouge figurant ton trajet vers la cour intérieure où tu as fait une partie de scrabble.
Après ta vie d’avant, tu as souri à ma sœur – de ce petit sourire ironique de celle à qui on ne la fait pas mais c’est à nous que tu la faisais – et fait un petit signe de la main pour lui dire que non, tu n’avais pas besoin d’elle pour t’aider à mettre ton pyjama pour la nuit. Ma sœur est partie et tu coloriais encore les pas du moine marcheur.
Après ta vie d’avant, presque deux ans après, j’ai fait ce rêve où le directeur me disait que tu avais gagné ta dernière partie, que tu étais très forte au scrabble presque imbattable, que d’ailleurs elle l’avait battu la seule fois où il avait joué avec elle. Ça m’a plu que tu aies gagné la partie et ta petite réputation dans l’établissement.
Après ta vie d’avant, tu as mangé les fraises de ton jardin que j’avais apportées pour ton dernier dessert.
Après ta vie d’avant, le mois de mai a continué.
Après ta vie d’avant, j’ai tout commencé en minuscules.
Après les minuscules sont revenues les majuscules au début des lignes.
Après je ne savais plus décider entre prose et vers.
Après ta vie d’avant, tu es là, maman, à la fois morte et vivante comme le chat cantique – ne peut-on élever la physique quantique au rang de chant ?
Après ta vie, reste la vie.
Texte : Christine Zottele
Illustration : Philippe Marc