Poésie et peinture, mélange d’éthers. Deux odeurs qui se nouent, des fleuves qui se chevauchent. La poésie c’est le papier libre, le carton d’incitation. Sur la table. Entre les coupes et les petits salés. Peinture et peinture. Réalité et concrétions, amalgames neufs. Ici on crée, on vit, on vibre. Mais des mots contre des mots ? Poésie et poésie, cela ne fera jamais que deux livrets sur deux étagères. N’avoir besoin d’aucun mot, comme un homme crée l’univers avec un peu de terre ou de l’eau. M’asseoir devant un mur et y ouvrir des fenêtres, d’un doigt plongé dans les lumières. Passer de l’autre côté du monde en traversant le verre, émonder la nuit sur des algues d’amande. J’écris, sans les outils qui perforent les nouvelles perspectives. Pour faire des fenêtres je monte le mur. Brique à brique, je travaille l’autour, un mot après l’autre, je cimente la non ouverture. Je pose le chambranle, bref j’écris. Là où tu perces, je bétonne.

Texte : Anna Jouy – Extrait du recueil « Le Plénum des Sargasses » – Bloc 10