Vent

Je détourne le sens du vent. Ce jour il viendra vers moi. Il aura pour mes cheveux des algues et des plumes, me grattera l’oreille. Loin du bon chemin il changera la donne et le bruit des papiers défaits. Il me prendra de face et j’ouvrirai grand ma gueule. Je boirai la tasse rase du courant d’air. Ce jour je remonte l’autre versant je vais contre, les yeux ouverts, je fends le paysage dans la trame avec de la vitesse de bourrasque et des avis de tempête. Je cours à rebrousse-poil sans pliure sans cassure.

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Jardin

Je descends au jardin gris y trouver des brais, des charbons entre les branches pour calfater mon pas titubant. Je nappe mes éméchures d’édredon sauvage, un vol au ras de l’eau. Y ramasser à genoux des argents et des ardoises sur lesquels l’esprit du vent grave ses écailles. Le temps m’a dit aimer de vraies lumières mais dans mes carreaux mornes, j’égrappe les pendaisons de l’âme. Secrète agriculture comme du vol à la tire, grivelures poussées dans mon rêve et fauchées à la resquille. Jardin prohibé où saouler mes herbes et l’ordinaire. Le jardin court sous le vent, crinières fatiguées des tiges. Ce frisson voyage, comme un galop dans un manège ma selle suspendue sur le dos du corral. Où que s’enfuie cette monture, elle foule des terres extrêmes. Météo sur orbite, est-ce elle qui part ou la Terre qui s’ébranle ? Mon jardin a-t-il une âme d’aérostier ? Bille de roulement à belle allure dans les giratoires atmosphériques. Sens ou contre-sens, cela m’ébouriffe la tête. Si je tenais un peu en l’air, je finirais par t’atteindre.

Texte : Anna Jouy – Extrait du recueil « Le Plénum des Sargasses » – Bloc 10