Partout où il passe, des yeux braqués, des lèvres closes. Ils cherchent dans les ondulations du jour, l’ombre de l’étranger. Le petit écrou qui pourrait tout chambouler. L’attente est laborieuse. Des heures subtilisées aux travaux du jour. Pour une simple traversée qui n’en est pas vraiment une, avec parfois la faculté de s’embarquer. Laisser sa casquette et son confort pour vagabonder par la pensée. En poussant l’imagination un peu plus loin, sur les routes les plus tortueuses, là où toute charrue résiste puis rebrousse chemin, l’espoir s’invite enfin : pouvoir enfin se dissocier. Mais il suffit d’un petit rappel à l’ordre, de la marmite sur le feu, des hurlements d’un nourrisson, de la caresse d’une peau trop rugueuse autrefois tant désirée et le sort en est définitivement jeté. La chaleur est bien de retour et avec elle, les mêmes gestes, les mêmes responsabilités et la terre indifférente à toutes ces embardées.

Texte : Gégory Rateau

Illustration : MAN FROM MAINE , Tempera , 1951.
Andrew Wyeth.

Sur l’auteur

Grégory Rateau est un poète né en 1984 à Drancy vivant à Bucarest. Son dernier recueil en date, Le Pays incertain, publié à La Rumeur libre éditions, préface de Alain Roussel, est le lauréat du Prix Rimbaud 2024 de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont. Ses poèmes figurent dans l’anthologie des Editions Seghers « Esprit de résistance : L’année poétique 2025 » du Printemps des poètes aux côtés de 118 poètes d’aujourd’hui.