Parfois rien que de voir cette fille dans le métro
Son visage dans la rame, je ne vois pas pourquoi
J’irai au travail, sentiment de chute
Incommensurable
Parfois rien que de galérer à trouver ma place
J’ai l’impression que je pourrais rentrer dans les ordres
Parfois rien que de faire l’amour
J’ai l’impression d’être un homme
Parfois rien que d’en faire jouir une
J’ai l’impression de faire le job
Parfois rien que d’être amoureux
J’ai l’impression d’être meuf
Parfois rien que d’être né
J’ai l’impression d’avoir trouvé un taf
Parfois rien que de me réveiller
J’ai l’impression de revivre ce qui m’agace
Parfois rien que de regarder mon petit doigt de pieds
J’ai l’impression que c’est un gamin qui l’a dessiné
Parfois rien que regarder mes pieds
J’ai l’impression de voir la Terre vue du ciel
Parfois rien que de considérer ma tête
J’ai l’impression que c’est elle le chef
La greffe tout le reste
Parfois rien que de vouloir que quelque chose m’arrive
J’ai l’impression que je m’emplis de vivres
Parfois rien que de manger
J’ai l’impression de me toucher
Parfois rien que de manger
J’ai l’impression de faire
Un truc de ma journée
Parfois rien que de savoir m’occuper entre 4 murs
J’ai l’impression de n’avoir rien à foutre dehors
Parfois rien que de voir la pluie aux carreaux
J’ai l’impression que tout me voue in utero
Parfois rien que d’enfoncer un clou
J’ai l’impression de vivre parmi vous
Parfois rien que de voir tous ces gens qui partent au Canada
J’ai l’impression que « Cherche plus, le paradis, c’est là ! »
Parfois rien que de sortir me balader
J’ai l’impression d’ouvrir le livre
Qu’en général je n’ouvre jamais
Parfois rien que de sortir de chez moi
J’ai l’impression d’être Vasco de Gama
Parfois rien que de prendre un café en terrasse
J’ai l’impression de voyager en première classe
Parfois rien que de voir un moineau tout près
J’ai l’impression d’une rencontre extraterrestre
Parfois rien que de voir un oiseau dans le ciel
J’ai l’impression d’avoir su ce que c’était
Parfois rien que de voir une guitare
J’ai l’impression que tout nous sépare
Parfois rien que de vernir mes doigts
J’ai l’impression de rallumer les étoiles
Parfois rien que de me couper les ongles
J’ai l’impression de me couper du monde
Parfois rien que de cocher
Chaque jour des choses dans mon pense-bête
J’ai l’impression que sur la vie je tire un trait
Parfois rien que de biffer
Chaque jour ma précieuse to do list
J’ai l’impression que je déshonore la vie
Parfois rien que de rayer tout ce que j’ai fait dans ce que j’avais à faire
J’ai l’impression d’être un serial-killer
Parfois rien que de dire « Désolé, j’ai pas de monnaie »
J’ai l’impression d’être une machine bien huilée
Parfois rien que de tirer des sous au distrib’
J’ai l’impression d’être un parrain de la pègre
Parfois rien que me marcher au milieu de la route
J’ai l’impression de les emmerder, tous
Parfois rien que de voir une barre d’immeuble
J’ai l’impression qu’on dérive dans l’espace, seul
Parfois rien que de ne pas savoir me repérer sur une carte
J’ai l’impression qu’il n’y a plus ni haut ni bas ni gauche ni droite
Parfois rien que de boire une bière after work
J’ai l’impression de glisser un bulletin de vote
Parfois rien que d’avoir fait du shopping, d’en revenir sacs au bras
J’ai l’impression d’être un boom boom king enobli de belles proies
Parfois rien que d’avoir fait les soldes
J’ai l’impression d’être the king of the world !
Parfois rien que de dire bonjour
J’ai l’impression de déclarer mon amour
Parfois rien que de vivre
J’ai l’impression de rêver
Parfois rien que de jouer au basket
J’ai l’impression d’une toilette trois étoiles
D’être Rudolf Noureev pondéré d’une balle
Parfois rien que de monter les escaliers
J’ai l’impression que ça y est, le sport, c’est fait
Parfois rien que de pouvoir prendre une douche, chaude
J’ai l’impression que God is in the house, lord !
Parfois rien que d’imaginer avoir une baignoire
J’ai l’impression que « Wouah, ce serait le kif ! »
Parfois rien que d’arroser une plante en pot
J’ai l’impression d’allumer un gros gâteau
Parfois rien que de pas me brosser les dents avant de me chécou
J’ai l’impression d’un geste inconsidéré, fou
Parfois rien que de faire le ménage
J’ai l’impression de refuser l’invite du siècle
Et de me préparer à ce qui n’arrivera jamais
Parfois rien que d’être HS too HS
J’ai l’impression que mon pieu
Est une déesse
Parfois rien que de me mettre un coton-tige là où je pense
J’ai l’impression d’avoir un point G de la chance
Parfois rien que de me mettre à l’ordi sans binocles
J’ai l’impression de baiser sans capotes
Parfois rien que de passer tout ce temps à l’ordi
J’ai l’impression d’être paraplégique
Parfois rien que de consulter mes mails
J’ai l’impression que youpi, c’est Noël
Parfois rien que de voir le S de Superman
J’ai l’impression que yes, c’est ouam
Parfois rien que d’entendre tous ces discours sur l’écologie
J’ai l’impression qu’on prend la Terre pour une quiche
Parfois rien que d’être chaud patate
J’ai l’impression que le réchauffement
Climatique c’est moite
Parfois rien que de vouloir toutes les baiser
J’ai l’impression que la poésie devrait pouvoir m’aider
Parfois rien que d’avoir le désir fou d’être aimé
J’ai l’impression que la mort devrait m’aider
Parfois rien que d’en voir avoir
La prétention de tout et le talent de rien
J’ai l’impression d’être le saint des saints
Parfois rien que de sortir du mental
J’ai l’impression que tout est HAL
Parfois rien que de toucher le fond
J’ai l’impression de toucher quelque chose
Parfois rien que de porter mon projet
J’ai l’impression d’être le Charles de Gaules
Parfois rien que de porter mes couilles
J’ai l’impression de pas porter grand chose
Parfois rien que de poser une bombe
Une bombe d’amour, une bombe quand même
J’ai l’impression d’être enfin au monde
Parfois rien que de m’être habillé et d’avoir pris une douche
J’ai l’impression de la mériter mon histoire d’amour
Et puis je rentre, je me couche.
Texte : Sylvain Fesson
Sur L’auteur
Sylvain Fesson, 44 ans, francilien
Auteur-compositeur-interprète
De chansons pop-rock un peu
Journaliste et aussi poète sur
Les bords à moins que ce ne
Soit l’inverse, la réciproque
Et tout ça en même temps
Car comment circonscrire
Un humble effronté
Qui dit s’entourer
De musiciens pour
« Faire bouger les lignes ? »
Ne pas vouloir « laisser
La musique aux musiciens
Et la poésie aux amoureux
Des mots » mais rendre tout
Cela aux brigands autodidactes
Qui briguent en marge la toujours
Transversale et sauvage, elliptique
Et moqueuse, synesthésique B.o.t
A cheval, belle et zarbe, entre
Les herbes et les failles ?
Pour sa part, de ce L.o.v
Triangle image-mot-son
Il a tiré jusque-là trois
Disques de chansons
Pop intégralement
Clippées en totale
Autoproduction
Disques qui, outre
De beaux articles
Louant sa liberté
De digne fiston
De Radiohead
Et de Murat
Font qu’il
Arrive à
En vendre
Des disques
Plus de 300 ex.
Et que sa chaîne
Youtube de même
Que sa page FB sont
Devenus de singuliers
Rendez-vous poétiques.
cette fois et. je pense chaque fois si je les lis à nouveau, j’aimerais ces parfois et chacun d’eux