Mots, rongeurs de vivres. Entrent par les trous et viennent debout grignoter mes roseaux, faire tas de sciure de la forêt que je suis, patientes canines à tout dévorer. Je trace autour du corps le cercle de craie, le rempart de poudre contre le danger de ce vivre. Je porte au cou les incantations de plume, un appeau de grands froids. Arrivent des bouches ensorceleuses givrant le feu et le croc. J’acquiers mon statut de sels. De mes mains des rivières, secrètes comme le seraient des venins. Ma forme dans l’informe, désir fluide, éparpillée d’un amour sans attache. Encre jetée sous le grain des pages, sur l’étagère des recueils. La nuit a tagué son leitmotiv sur ma peau, le plenum des sargasses. Le brouillard à son tour chipote mes eczémas, soliste mal en point de torpeurs. Destiné à des déchirures. Tout fout le camp, entre nuit et jour, on ne sait à quoi s’agripper. Flottille d’algues génétiques. Seul le blues a la mordache. Il tient à mon eau.
Texte : Anna Jouy – Extrait du recueil « Le Plénum des Sargasses » – Bloc 10
… cette évidence des mots toujours, Anna, cet acharnement à poser, au delà des questions, une poésie forte et stimulante … merci
m’agripper encore à tes mots, très chère Anna