
Je ne suis pas poète
cendre de celui n’ayant jamais été
je préfère cette vaine recherche
à la perfection de vos vers
la certitude de voir le jour
sous une autre lune
je ne ressens rien de tout ça
dans le doute je glisse
incapable de mettre deux mots
l’un devant l’autre
je bute sur votre gloriole
en me relevant toujours
vos indignations ne sont pas les miennes
je ne ressens ni vos colères ni vos peurs
j’habite l’angoisse d’une toute autre façon
sur les chemins du hors-piste
l’horreur est partout autour
les injustices de l’âge venant
qui recouvrent des vies entières
la vieillesse se traîne avant de disparaître
ridiculisée avant d’être oubliée
si le poème existe à la fin des fins
ce n’est pas à moi que je le dois
mais à cette rumeur du soir
ce vent contraire
ce sont eux qui prennent le glaive
pour faire œuvre de poète
Texte : Grégory Rateau
Illustration : Andrew Wyeth
Sur L’auteur

Né en 1984, ce sale gosse a grandi à Clichy-sous-Bois dans le 93 où il a eu la chance de découvrir par hasard Charlie Parker, Jim Morrison, Rimbaud, Bob Dylan, Bogart et Henry Miller. À la fin de l’adolescence, il se fait la belle : marchant, rêvant, réalisant des films et bossant parfois dans des fermes (Liban, Irlande, Népal…). Il a aujourd’hui posé ses valises en Roumanie où il est devenu son propre patron. Auteur d’un récit de voyage sur la Roumanie en « Hors-piste » qui est devenu un succès de librairie dans sa version roumaine, il a enchaîné avec un premier roman chez Maurice Nadeau, Noir de soleil (finaliste du prix France-Liban et du prix Ulysse du premier roman). Il a également commis plusieurs recueils dont Imprécations nocturnes chez Conspiration éditions (prix Amélie-Murat et prix Renée- Vivien, finaliste du prix Robert-Ganzo) et son dernier en date, Le Pays Incertain à La Rumeur libre Éditions. Sa poésie circule un peu partout et dans plusieurs langues : revues (Arpa, Le Cafard Hérétique, Place de la Sorbonne, Le Journal des poètes, Verso…), livre d’art (Poème Païen à L’Œil de la méduse), anthologies (dont Ces Instants de grâce pour l’éternité au Castor Astral). Il revient parfois en France pour lire sur scène dans des festivals, un bon prétexte pour revenir à la maison et trinquer avec des joyeux lurons triés sur le volet. Ce poète révolté par l’écriture et seulement par elle recherche encore la fraternité là où il peut la trouver.