Je vais à contre-soif,
Lèvres aiguisées
Sous un vent de silex,
Dans l’écho violent des mots
Que je ne livre pas.

André Velter, L’oracle des pierres

Un jour
Nous nous retrouverons
Sur notre chemin
Pierres
Ignorées
Piétinées
Détentrices pourtant
De la source
De la flamme
Du souffle de l’initiale
Promesse
Vous retrouvant
Nous nous retrouverons
Du pied à la pierre
Il n’y a qu’un pas
Mais que d’abîmes à franchir…

François Cheng, Un jour, les pierres

« Pierres, cailloux, rochers, nombreux sont les poètes qui vous ont chantés.
François Cheng en a fait les symboles minéraux d’une humanité errante, ignorée, piétinée, illustres témoins silencieux d’infatigables marcheurs.
Erigées en totem, agencées en palais somptueux, immortalisées en stèles de tous ordres elles façonnent nos paysages mentaux comme environnementaux.
Il est dit qu’il suffit de poser une première pierre pour construire un monde, quel monde ?
Prison ou abri, chaumière ou château ?
Murailles ou ponts entre deux rives, entre deux univers, peuples, pensées, croyances, à nous de choisir, d’oser poursuivre le chemin et d’arpenter pas après pas, mot après mot le chemin de pierre que nous ouvrons.
L’idée m’est venue, avec la publication, par le Blog, Les Cosaques des Frontières, d’un de mes poèmes Pierres et le commentaire de René Chabrière qui a posté un poème L’histoire des pierres… de proposer une suite à l’aventure.
Yan Kouton qui anime le blog a trouvé que c’était une belle idée.
Alors construisons nos cairns en mots-pierres sur les chemins poétiques que certains d’entre nous empruntent à travers le vaste monde. »

Jean-Claude Bourdet

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Il est une pierre
Banale fleur
Qu’une gangue de mousse
Verte au printemps
Brune à l’automne
Pare d’un vêtement
Que d’autres laissent
Comme aux premières lueurs
D’une incandescence perdue

Posée au bord
Au bord d’une route
Même pas belle
Même pas grande
Petit parallélépipède carré
Je m’y suis assis une fois
Elle regarde l’ancienne ferme
Et si l’on se tourne la plaine alluviale
Je la photographie depuis plusieurs années
Parfois souvent
Parfois pas, je l’oublie
Puis un matin elle est toujours là
A l’ombre d’un grand pin
Telle une borne
Délimitant un invisible espace
Perdue dans le parc qui lui sert d’écrin
Flanquée d’un vieux tamaris
Sage parmi les sages
Qui lui souffle des histoires
De tous ces inconnus qui passent
Repassent
Témoin silencieuse des pensées
De pensées, des pensées, de pensées
Et encore des cris, des bruits des frissons de silence
Comme un commencement
Comme un commencement

Texte/Illustration : Jean-Claude Bourdet