Pierres grises
Pierres ocres remuées dans l’étendue
D’un ciel gris à l’angle d’un carreau
Laisse entrer, grave sans l’être
Vraiment
La clarté d’un petit matin
Assis là, attendre, attendre
Les pierres là aussi en compagne
Patient, immobile
Méditation silencieuse des minéraux
Là à écrire ce poème au temps qui défile
Immobile au confins d’un vertige de pierre
L’alignement avec les jointures plus claires
Et
Une incongruité plus sombre qui fait figure de proue
Dans ce navire d’erre incertaine
Dans lequel tous dorment
Dans le couffin de leurs rêves
Oh !
Quelques pétales fanés sous le crachin
Égayent de rose le bruit du silence troublé.
Agacement de diptères noirs
Collées à la table du petit déjeuner
Ne pas les déranger
Ne pas bouger
Etre pierre soi-même
Socle d’un édifice souverain
Frisson de loyauté écœurante
Oh !
Un amas de choses à manger
Et toujours les pierres
Et toujours les mouches
Et leur vrombissement de pétrolettes
Qu’un faux bourdon grincheux
Viendrait écrabouiller
Harley contre BP Peugeot
Dualité dans l’unique corps pierreux
Aux multiples profondeurs
D’un être là,
Navigant sur une mer intérieure
Chaude et transparente
Je sens la rugosité des pierres
Alanguies sous la fraîcheur de l’eau
Baignées d’une pâle clarté matinale
Grise grise grise
Oh !
Combien de cris, de raclements
Combien de grincements d’éclats
Combien de chants, de frottements
Combien de crimes odieux, nécessairement
Combien d’amour céleste, inévitablement
Et
Un autre matin au lever encore
Ensommeillé d’un rêve effacé
Les pierres là et là aussi
Le ciel gris avec un air de rosée
Et un peu moins de rose
Et un peu plus pâle
Sur le grès parsemé de bleu
Et les hortensias et d’autres végétaux
Et toujours les diptères zézayant leur chant grincheux
Et un vague à l’âme
Et une attente
Et le mouvement
À venir
À venir
À
Viens

Texte/Illustration : Jean-Claude Bourdet