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Ce matin, la lumière est différente.

Je croyais que l’hiver était encore loin d’être terminé mais l’air est plus doux aujourd’hui.

Je ne sais pas ce que je vais trouver à me mettre dans le bec, pas de vermisseau, la terre est encore trop dure, pas de graines non plus. Les temps sont durs.

Je vais rester encore un peu dans ce buisson, à me chauffer les plumes à ce pâle soleil. Qui sait, les minuscules bourgeons que je vois poindre au bout des branches, à fleur d’épine, vont peut-être s’ouvrir un peu dans la journée ? Si c’est le cas, ce soir j’aurais un dessert sucré, un petit bourgeon gonflé de miel, à peine craquant à l’extérieur et moelleux à l’intérieur….

Mmmmm, mon pêché mignon !

Il faut dire que depuis quelques temps, il n’y a plus grand-chose pour se faire plaisir !

Depuis que ce brouillard vert est venu répandre ses miasmes sur les champs, tous les moustiques sont morts et les coccinelles aussi, et même les sauterelles. Pourtant, celles-là, elles sont dures de l’extérieur et aussi de l’intérieur ! Ce n’est pas que j’aime croquer les sauterelles, non ! C’est vraiment trop filandreux. Mais enfin faute de mieux, il faut bien se contenter de ce que l’on trouve.

Je ne sais pas trop si je survivrai à cette nouvelle saison, j’ai tellement faim…

Et ça ne fait que commencer.

Je devrais peut-être partir.  Mais pour aller où ?

Je n’aurai pas la force de voler par-delà les mers si je n’ai rien mangé avant ! Il faut être raisonnable.

Pourtant l’autre jour, quand la grue a raconté son voyage, j’aurais tout donné pour pouvoir la suivre. Elle est si belle tout là-haut. Elle a de la portance avec ses ailes immenses, pas comme mes moignons…

Quel nom a-t-elle dit déjà ? Je ne me souviens plus….

Un joli nom. Exotique. Evocateur d’Afrique.

Je ne sais pas où est l’Afrique mais tous les migrateurs qui en reviennent disent que c’est si beau, et si chaud, que les moustiques y pullulent. Il paraît qu’ils sont gros comme des tigres !

Le paradis quoi !

Ah oui, je me souviens : Tombouctou !

Tombouctou !  C’est un joli nom.

Je lui demanderai par où elle est passée, et en prenant mon temps, je finirai bien par y arriver. C’est toujours tout droit, vers le Sud. Aller, il suffit d’un peu de courage. Il suffit de laisser les vents me porter. Aller avec un peu de chance…

Je vais peut-être attendre un peu. Je suis encore un peu fatigué de cet hiver trop long. Après tout, le soleil semble plus chaud ce matin, la lumière est différente. Avec un peu de chance, il va finir par chauffer ce buisson et les moustiques de Tombouctou vont peut-être avoir envie de visiter le Nord…

 

Texte et photo : Marie-Christine Grimard