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Couv corps suspendus mailchimp

Jean-Claude Goiri est entré chez les Éditions Qazaq avec «Ce qui berce ce qui brousse», un recueil de textes poétiques en prose  où le fantastique, l’enchantement, percutent le lecteur à chaque pas, avec une infinie douceur, où ses mots nous emportent « dans ce pays si proche qu’on ne le voit même pas. »

Dans « Corps Suspendus », il en va bien autrement. Toujours en prose, la plume s’est ici allé à l’image – le dessin de Joë Fernandez –  pour  un dialogue d’une toute autre nature. S’y donne un monde plus quotidien mais qui, avant de parvenir au lecteur, traverse une âme, parfois un collectif d’âmes, souvent une solitude et sort de cette immersion chargé d’insolite, voire même d’extraordinaire, en conservant ce qui l’enracine profondément au réel.

Et tout cela sort gentiment des rails de la raison, de temps à autre avec de petites violences, lâchetés, excès de toutes natures, toujours bien légitimes pour celui qui lit et ne peut que partager intimement ces existences.

Le dessin de Joë Fernandez, délicat, allusif, pointe fine noire sur un papier marron dont la texture ajoute à la fragilité de ce qui est dit, donne des bouts de plages lointains et des personnages rapprochés, isolés dans le petit espace qui contient leurs pensées, l’acte de l’instant figé.

Il n’est pas inutile de savoir que le dessin est ici antérieur à l’écrit et que c’est ainsi le mot qui illustre l’image en une échappée qui demande à lui revenir et l’éclaire en retour,  pour peu que l’on y plonge à nouveau à la fin du texte.

Au fil de ces temps et corps suspendus, parfois se fait presqu’une pause dans la narration, le monologue change imperceptiblement de ton, comme si une profondeur supplémentaire apparaissait. Surgit alors un éclat de pensée, une lumière susceptible de survivre au récit.

« La solitude, c’est la conscience de l’autre »

« Les connards en général, ils ont des métiers qui rapportent »

En commun, tous les personnages mis pour un temps dans l’apesanteur des mots, ont un désir quasi absolu de perfection face au monde et même si, souvent ce désir mène à l’isolement, la souffrance même, parfois, il est l’occasion de découvrir, par hasard, un petit bonheur.

Le dessinateur est le germe des 10 textes, il est aussi dans le grain du papier, l’auteur lui, surgit de temps à autre dans les décalages entre les choses et les mots qui les disent. Parfois même sa présence traverse un texte qui engage un procès à son encontre ( ?). Procès gagné grâce à l’humour et la poésie de sa phrase.

Texte : Luc Comeau-Montasse
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1) “Corps Suspendus”(à € 2,49) : http://www.qazaq.fr/pages/corps-suspendus/
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