Son nom n’est écrit nulle part sur la pochette entoilée de noir, son nom n’est écrit nulle part et pourtant on le devine partout, affleurant en filigrane dans la matière qui s’agite. Centredumonde a publié le mois dernier son nouvel et fracassant EP, dont l’énigmatique appellation, « Moteur étrange », placée au centre de la photographie, saisit déjà tous nos sens avant même qu’on plonge véritablement dedans.

D’une cohérence musicale implacable, le disque se décline en cinq titres nimbés d’une aura fatalement morose, à l’écriture âpre, -im-pertinente, sensible et désabusée, sans grandiloquence mais avec une précision et une justesse capables de trancher dans le vif des émotions. Tel un observateur naturaliste, Centredumonde analyse le monde de façon empirique, avec au final la volonté de livrer un objet musical sincère et spontané, « le reste, rien à foutre », pour reprendre ses propres mots. D’où cette patine sonore qui surprend et qui enrobe, ce souffle familier porté à notre oreille… Rapidement, la sensation de froid laisse place à une certaine forme de chaleur humaine, à un sentiment d’appartenance. Ainsi, la chanson inaugurale intitulée « Puisqu’il faut bien vivre » nous rappelle l’absurdité de l’existence, mais ce n’est plus un constat dramatique, c’est une respiration commune, une voix singulière presque réconfortante, Erèbe qui aurait décidé de nous faire une petite visite de courtoisie, accrochant au passage les bribes de notre redondante solitude. Et nous voici touchés, contaminés, reliés par une cosa mentale aussi sensuelle que mystérieuse.

Son nom n’est écrit nulle part mais son nom est bien là, au centre de nos états d’âme, dessiné avec le sang, les tripes ou les dents, peu importe. Sans le savoir, sans même le vouloir, « Moteur étrange » nous fait réaliser qu’au cœur de la nuit la plus profonde, nous continuons d’avancer à l’aveugle et à l’unisson, ce qui sera toujours mieux que rien.

Texte : © Isis Levy