La poésie est morte et je viens chercher réconfort dans les derniers rayons du soleil et le premier éclat des astres. Les chants meurent sur mes lèvres avant même qu’elles aient pu les murmurer. La quotidienneté a détruit les scansions historiques et les rimes mémorielles. Je pleure sans que rien ne puisse me consoler.

Je veux m’anéantir dans les alcools du souvenir et les liqueurs de la mémoire. Personne ne m’a appris à boire et je jette mes verres contre le bitume de la rue après chaque gorgée. Je ne sais pas faire le deuil de mes rêves ingénus et de mes idéaux ravageurs. Aucun baiser, aucune caresse, aucune étreinte ne me sauveront de moi-même.

La nuit vient et les paupières refermées, je révère mes aveuglements, qu’ils me viennent de dieu ou qu’ils me viennent des hommes. Je déclare la guerre aux couleurs feintes et aux irisations falsifiées de ma jeunesse. Mes larmes tombent à mes pieds. Agenouillé dans ma propre obscurité, qui me réapprendra les rythmes du néant et les danses de la déréliction ?

Texte : © Sacha Zamka