Dans la bibliothèque infinie, je cherche ma date de naissance et ma date de mort sur des calendriers inexacts et des chronologies falsifiées. Le temps se disperse parmi heures fantômes et jours manquants. J’aimerais avoir le même âge que le monde, mais à l’ombre des horloges, nul n’est éternel et rien ne demeure.
J’aime à traverser les musées déserts et les galeries liquidées. J’entends l’écho de mes pas dans l’espace et mes yeux s’arrêtent sur les témoignages de la beauté et les archives de la grâce. Ma mémoire est habitée par les fantasmes des hommes qui ont vécu avant moi. Je m’égare dans l’ivresse des tentatives et le vertige des inachèvements.
J’essaye de me raccrocher à quelque chose dans la fuite du temps et la dispersion de la durée. Tout disparaît : catastrophes infimes, aventures limitées, existences minuscules. Que garder au cœur sinon des ossements anonymes et des tombeaux vides ? Rien ne fait événement à part la souffrance et personne n’a la preuve qu’il a vraiment existé.
texte : © Sacha Zamka